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Full text of "Paris qui roule: Avec dessins de Tiret-Bognet et ombres chinoises de Louis ..."

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PARIS 

GEORGES CHAMEROT, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 

l Q , RUE DES SAINTS-PERES, I9 
1889 

Tous droits réservés. 



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PAÏlIjS QUI ÏIOUDB 



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IL A ÉTÉ TIRÉ A PART 

Vingt'Cinq exemplaires sur papier de Hollande 
numérotés à la presse, i à 25 



Exemplaire n» i6 



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GEORGE BASTARD 



PARIjS 




BOUDE 



AVEC DESSINS DE TIRET-B06NET 

BT 

OHBBES CHINOISES DE LOUIS BOXBI«ED 



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GEORGES CHAMEROT, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 

19, RUE DES SAINTS-PÈRES, IQ 
1889 

Tous droits réservés. 



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Aharvar. 
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I LIBRARY 



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1r^ 



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Par sauts, par bonds, sous les portiques, 
Cheveux épars, sein dénoué, ' 
Menez les danses frénétiques! 
1 

Tourbillon de l'immense ronde. 
Emporte en ton vol effréné 
Le palais, la ville et le monde! 

I. PariSy drame de Paul Meurice. 



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2 PARIS QUI ROULE. 

La nuit, qui sur son char s'élève au firmament, 
Amène le repos, suspend le mouvement. 

Saint-Lambert. 

Et le char vaporeux de la reine des ombres 
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon. 

Lamartine. 

Tout roule dans T Univers. 

Chacun ici-bas roule plus ou moins sa 
bosse, et la vie se passe à rouler son pro- 
chain ou à se laisser rouler par lui. 

Les dieux mêmes ne furent-ils pas soumis 
à ce sort fatal ? 

Junon se tient sur un char, dont les res- 
sorts flexibles sont d'or, tire' par des paons 
qui font la roue. 

Neptune, emporté au milieu des vagues, 
passe triomphant avec ses chevaux marins. 

Pluton mène tranquillement ses chevaux 
noirs; Mercure, ses bœufs impassibles. 



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PARIS QUI ROULE. 3 

Vénus, lascivement étendue sur un char 
en forme de coquille, dirige ses le'gères tour- 
terelles. 

Apollon, roule dans Timmensité lumi- 
neuse, sur le char brillant du Soleil, 



Sur son char de rubis môle d'azur et d'or, 
Apollon va lançant des torrents de lumière. 

Voltaire. 



tandis que Timprudent Phaéton, son fils, 
précipité dans sa course, roule au milieu de 
PÉridan. 

Mais la blonde Diane quitte la Terre et 
abandonne ses deux génisses qui la traî- 
nent, pour succéder à son frère retenu au- 
près de Thétis. Elle monte, sous le nom 
de Phœbé, sur le char de la Lune, saisit en 
mains les rênes et parcourt TUnivers, con- 
duisant ses coursiers noirs et blancs. 



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PARIS QUI ROULE. 

Quand Phœbé, sur le char de la Lune, 
Apparaît dans les cieux de saphir et d'azur, 
Tout se voile et s'efface, et son front seul est pur 

Théodore de Banville. 

Brillant astre des nuits, vous réparez l'absence 

Du dieu qui nous donne le jour. 

Votre char, lorsqu'il fait son tour, 

Impose à l'Univers un auguste silence, 

Et sous les feux du ciel compose votre cour. 

FONTENELLE. 



Le seigneur Thor, dieu des Scandinaves, 
est traîne' par deux boucs, tandis que : 

Du char glacé de l'Ourse aux feux de Sirius... 

Lebrun. 

la Terre roule dans Tespace et nous rou- 
lons sur elle. 

Toutes ces divinités mythologiques qui 
roulent en aussi fabuleux e'quipages, ne 
daignent enseigner aux mortels que Tusage 
grossier du rouleau, pour le transport des 
objets terrestres. 



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PARIS QUI ROULE. 3 

Néanmoins quelques tribus pélasgiques, 
mieux avisées, finissent par dérober au Ciel 
plusieurs de ses secrets, et par adopter un 
mode de locomotion plus pratique. 

Le char typique est celui des Égyptiens, 
sans siège et très léger, conduit par un seul 
homme. Le roi Salomon en possède un à 
deux roues, ayant la forme d'un tombereau; 
le prophète Élie monte au ciel avec des che- 
vaux de feu sur un char enflammé. 

Les Assyriens attellent deux chevaux sur 
des chars richement ornés; les habitants de 
Ninive apprennent ensuite aux Grecs à en 
conduire quatre de front; puis, les Phry- 
giens inventent le char à quatre roues, et 
les Scythes se servent du char à six roues. 

Une fête solennelle avait lieu un jour, à 
Argos, en Thonneur de Junon : la prêtresse 
Gydippe devait s'y rendre en grande pompe; 



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6 PARCS QUI ROULE. 

ses bœufs « blancs comme neige », dit 
He'rodote, refusaient de marcher malgré les 
aiguillons des bouviers. Ses fils : Cléobis et 
Biton, se de'vouèrent alors. Ils se mirent réso- 
lument sous le joug du char, lui firent fran- 
chir huit kilomètres * en parcourant la plaine 
et gravissant le mont Eubée. Arrivés au tem- 
ple de la déesse, ils y déposèrent leur mère 
saluée par les acclamations des pieux Argiens. 

Le roi Agamemnon ne sort point de 
Mycènes sans son fidèle cocher Eurymédon, 
et le bouillant Achille, aux pieds légers, 
apprend, à ses dépens, à faire trois fois le 
tour des murs d'Ilion. 

O infamie! Tandis que les lois grecques 
ordonnent d'aller à pied aux femmes de 
mauvaise vie, Thémistocle traverse un matin 
Athènes, en apène^, accompagné de plu- 

1. 45 stades. 

2. Voiture de luxe. 



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PARIS QUI ROULE. 7 

sieurs hétaïres. A cette époque reculée, une 
jeune mariée ne devait sortir le soir de ses 
noces qu'en voiture; d'ailleurs, une loi de 
Solon interdisait à toute femme honnête de 
faire autrement, encore fallait-il qu'elle se 
nt éclairer par une torche. 

Cependant la pratique d'un culte autorise 
mille dérogations aux usages. Nous voyons 
alors des jeunes filles de Lacédémone aller 
au temple de Therapné, non loin de Sparte, 
montées sur des canethra ou petites voitures 
en osier. 

Enfin, Tan 5i6 avant notre ère, et un 
siècle plus tard, en 408, les jeux commen- 
cent dans les cirques. Cléosthène, d'Épi- 
damne, ainsi que Évagoras, d'Élée, entrent 
dans la lice poudreuse avec un char. 

Les chars étrusques sont à deux roues en 
fer ou en bronze. 



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8 PARIS QUI ROULE. 

A Rome, dans les cérémonies publiques, 
on promène Teffigie des dieux. A défaut de 
la fercula, que les hommes portent sur 
leurs épaules, on place leur image sur une 
voiture plate, appelée thensa, qui est traînée 
par des bœufs, des chevaux ou des éléphants, 
au nombre de quatre attelés de front. 
Formé de sénateurs en costume officiel et 
de )t\xnts patrimes, tenant les cordons atta- 
chés au char, le cortège sort du Capitole et 
y rentre après la fête. 

Le cantherium est principalement consa- 
cré à Bacchus, char merveilleux traîné un 
jour à Alexandrie, sous le règne de Ptolé- 
mée Philadelphe, nous dit Callixène de 
Rhodes, par cent quatre-vingts hommes aux 
torses vigoureux. 

Au dire de Tite-Live, le char [currus) est 
fort en usage sous la monarchie romaine. 



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PARIS QUI ROULE. 9 

Les plus anciens véhicules sont Vepiche- 
dium ainsi que Varcera destiné aux ma- 
lades, aux infirmes. 

Le carpentum^ , réservé aux sacerdotes, 
paraît ensuite; la caisse est fermée, placée 
sur deux roues et traînée par plusieurs che- 
vaux ou mules; il y a aussi le petoritum, 
plus lourd et à quatre roues. 

Qui le croirait? Le char devient un mode 
de supplice aux temps héroïques : deux an- 
nées après le fameux combat des Horaces et 
des Curiaces, Tan 665 avant notre ère, le dic- 
tateur des Albains : Metius Suffetius, est at- 
taché entre deux chars, attelés de quatre 
chevaux, et écarte lé par Tordre de Tullus 
Hostilius. 

Tarquin l'Ancien et sa femme Tanaquil 
font leur entrée dans la capitale du Latium. 

I . Uapène des Grecs. 



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lo PARIS QUI ROULE. 

L'histoire raconte que, comme ils appro- 
chaient du mont Janicule, un aigle vint en- 
lever le bonnet de Tarquin,et le replacer 
sur sa tête, après avoir poussé de grands cris 
au-dessus du char!... C'est ce roi qui intro- 
duit dans les triomphes le char doré et rond, 
qu'on arrose de sang quelquefois, ou auquel 
on suspend la tête des vaincus, pour frapper 
les regards et impressionner la foule. 

En Tan 534 de Rome, Tullie, fille de Ser- 
vius TuUius, fait passer les roues de son 
char sur le corps de son père, au milieu de 
la Voie baptisée après du nom de Scélérate. 

Puis Camille, 396 avant Tère chrétienne, 
ce'lèbre sa victoire contre les Ve'ïens en par- 
courant les rues de Rome sur un char attelé 
de quatre chevaux blancs, la figure enduite 
d'une couche de vermillon comme un visage 
de dieu. Mais la loi Appia défend bientôt 
aux femmes de faire usage de la voiture. 



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PARIS QUI ROULE. n 

Pompée, après la conquête d'Afrique, en 
Tan 8i avant notre ère, fait son entrée triom- 
phale dans la ville de Romulus sur un char 
traîné par des éléphants. 

Jules César franchit cent cinquante kilo- 
mètres par jour, prétend Suétone, dans un 
cisium, sorte de cabriolet à un ou deux che- 
vaux. Plutarque ajoute qu'il mit seulement 
huit jours en quittant Rome pour atteindre 
les bords du Rhône. On voit également re- 
présentés sur les vases étrusques : le synoris 
et le btrotum, petits chars à deux places, à 
deux roues, à deux chevaux. 

Constantin défendit de charger la birota 
de plus de deux cents livres. 

Messaline, femme de Claude, est la pre- 
mière à monter au Capitole dans un car- 
pentum. Mais triste retour des choses! On 
affirme que voulant fuir sur la route d'Ostie, 
pour rejoindre son mari, elle se jeta dans 
un chariot servant aux immondices. 



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12 PARIS QUI ROULE. 

Quoi qu*il en soit, si la mode permet aux 
femmes mariées de faire usage d'un véhi- 
cule, elle défend aux jeunes filles romaines, 
comme pour les Grecques, de paraître en 
voiture. Elles doivent se montrer en public, 
la tête recouverte d'un voile, ou traverser la 
rue en litière fermée. 

L'empire romain crée plusieurs genres : 
la carruca ou carrocha, grand char en usage 
dans la campagne, ainsi que le pilentum, 
voiture de ville à quatre roues et à deux 
places, avec un ciel soutenu par quatre lé- 
gers montants, réservée aux dames romaines 
pour se rendre aux Jeux ou aux vestales 
pour aller aux sacrifices publics, car il est 
interdit aux hommes d'en user. 

On compte aussi Yarcinna, petit char, le 
plausirum, plus grand, qui est employé aux 
travaux des champs ou pour désigner la 
constellation de ce nom. Dans ce temps où 



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PARIS QUI ROULE. i3 

le Bouvier paresseux tourne autour du Cha- 
riot glacé, dit Juvénal,en parlant du sarra- 
cum, char grossier mais solide, emprunté 
aux fameux Scythes, quand ils émigraient, 
et destiné par les Romains au transport 
des fardeaux pesants. On voit, ajoute-t-il, 
briller un long sapin sur le sarracum qui 
s'approche. 

Mais ayant servi à charger les morts, pen- 
dant une peste à Rome, ce chariot est aussi- 
tôt délaissé et remplacé par la rheda des 
Gaulois, à deux fins comme le sarracum : 
pour les travaux rustiques ou les longs 
voyages. Horace se rend par Rubi dans une 
de ces sortes de calèche, traînée par deux 
chevaux ou deux mules, pour arriver jus- 
qu'à Bari. Ses bagages placés en bon lieu 
et lui-même étendu sur des coussins, il 
atteint Brindisi, se plaignant toutefois des 
routes très abîmées par les pluies. La rheda 
devient le complément de toute existence 
opulente. Un train fastueux s'apprécie au 



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14 PARIS QUI ROULE. 

chiffre de rheda qu'il exhibe. Toute la mai- 
sou, dit Juvénal sur un ton persifleur, ne 
consiste qu'en une rheda! 

Le caprice prend son essor. On voit sor- 
tir, sous le règne de Pertinax, des voitures 
d'un me'canisme inge'nieux, pouvant mettre 
les voyageurs à Tabri du soleil, leur procu- 
rer un air frais ou leur indiquer la distance 
parcourue. La rheda s'attelle de huit ou dix 
mules pour les courses, au temps du Bas- 
Empire. 



Tandis que les Scythes promènent leurs 
femmes et leurs enfants dans ces vérita- 
bles maisons roulantes, à six roues lamées 
d'étain, Cyrus, roi des Perses, voyage avec 
dix mille chameaux. Pour mieux rouler ses 
ennemis, il remplace les anciens chars de 
guerre par des chariots armés de fauxqu'en- 



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PARIS QUI ROULE. i5 

traînent de vigoureux chevaux médiques. 
Enfant, Alcibiade, qui jouait aux osselets 
lorsqu'un chariot arrivait, se jeta sous ses 
roues en disant au charretier : « Passe, 
maintenant, si tu Toses. » Devenu grand, 
il se prit d'un bel engouement pour le sport 
des courses et présenta sept chars dans Ta- 
rène d'Olympie. 



Pour vertu singulière, 

Il excelle à conduire un char dans la carrière. 



Néron, féru des mêmes principes, se fait 
couronner vainqueur aux jeux Olympiques, 
en conduisant un char attelé de dix chevaux 
ferrés d'argent. Il est vrai qu'il tombeau mi- 
lieu du stade et qu'il roule dans la poussière : 



L'essieu crie- et se rompt; l'intre'pide Hippolyte 
Voit voler en éclats tout son char fracassé. 



Parfois, Héliogabale s'étale nu sur un 
char, enrichi de pierres précieuses, qu'il fait 
traîner dans un chemin semé de poudre d'or 



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i6 PARIS QUI ROULE. 

par des tigres apprivoisés ou des femmes 
d'une beauté éblouissante, les seins décou- 
verts. 

La roue reste le châtiment le plus bar- 
bare infligé aux condamnés. 



Les courses de chars prennent une vogue 
croissante à Rome. Les concurrents portent 
des tuniques de diverses couleurs, comme 
les casaques de ceux qui montent en courses. 

Biges, triges, quadriges * roulent en sou- 
levant des nuages de poussière au milieu du 
cirque Maxime. 

Erichthon le premier, par un effort sublime, 
Osa plier au joug quatre coursiers fougueux, 
Et porté sur un char, s'clancer avec eux. 

Delille. 

I. Bigœ, trigœ,quadrigœ.,. Il y avait aussi \tssejugœ, 
à 6 chevaux, et les septijugœ, à 7, attelés de front à des 
chars à deux roues, ouverts à l'arrière et sans siège , 



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PARIS QUI ROULE. 17 

La nuance des bandelettes qui entourent 
les jambesdeschevaux indiquent les/acZ/ow^ 
auxquelles ils appartiennent, ainsi que de nos 
jours on reconnaît une écurie à son jockey. 

Les Vestales romaines paraissent en pu- 
blic, au Forum, sur des chars d'ivoire. Des 
dépouilles opimes roulent sur la Voie Sa- 
crée, et le triomphateur domine la foule 
sur un char doré que traînent quatre che- 
vaux blancs. 

Ah ! souvent au vainqueur le sort cache un cercueil ; 
Dans le char du triomphe, il place leur cercueil. 

Du Bbllay. 

Les uns préfèrent les chevaux; d'autres, 
comme César, choisissent les éléphants; 
Antonin recherche les lions ; quelques empe- 
reurs adoptent les mulets. Affaire de goût ! 
Ils n'en roulent pas moins tous une existence 

dont . rinvention remonte à cet Erichthonius, moitié 
homme et moitié serpent, qui le fit pour cacher une par- 
tie de son corps. A sa mort il forma la constellation du 
Cocher. Un autre roi d^Athènes, nommé Erechtée, intro- 
duisit dans TAttique l'usage du quadrige. 



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i8 PARIS QUI ROULE. 

fort triomphale, et cette mode se transmet 
aux peuples, car voilà Octave Auguste qui, 
après sa campagne contre les Perses, éta- 
blit les postes publiques dont il reconnaît 
Tutilité. 

Les Bastarnes, mêlés aux Goths envahis- 
sant ritalie, lèguent à ses habitants une es- 
pèce de calèche garnie de coussins, et dont 
les portières sont fermées par des pierres 
transparentes, fort appréciée des femmes 
romaines. 



Mais rhistoire ne raconte pas si Labiénus 
était à cheval ou en char quand il vint dans 
les Gaules. Elle ne nous dit pas si notre 
ancêtre Camulogène, qui lui livra bataille 
sur la place d'Issy et de Vaugirard, suc- 
comba dans son benna, panier d'osier, qui 
devint la sirpea des Romains et la plecta 
des Grecs... 



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PARIS QUI ROULE. 19 

Uessediim * breton, comme le covinus 
des Celtes et la rheda gauloise qu'utili- 
sèrent nos vainqueurs à leur retour dans 
Rome, était un char de bataille à deux che- 
vaux, dirigés en temps de guerre par un 
cocher qui ne s'occupait que de cela, tandis 
que les essédaires lançaient des traits ou 
combattaient à pied. 

Nous ignorons encore si les dames gau- 
loises se faisaient conduire dans de belles 
rhedce, ou si, allongées dans de majestueux 
carpenta, souvent en argent ciselé et gravé, 
avec harnais relevés d*or en bosse, elles se 
rendaient au temple de Teutatès, bâti sur 
le mont de Mercure, de Mars, des Martyrs 
(Montmartre), et dans le bois de Vincennes 
consacré dès l'antiquité aux dieux sylvains, 

I. Dans la langue gaël, ess signifie voiture. Les Phé- 
niciens, qui vinrent faire commerce sur les côtes d'An- 
gleterre, emportèrent le mot chez eux et, en le transfor- 
mant, firent hassedar, hassedan, qui, môme en hébreu, 
veut dire : voiture, et dont les Grecs ont fait essedon. 



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-20 PARIS QUI ROULE. 

OU si, couchées sur de moelltux pi lenta, les 
Druidesses se dirigeaient, par une chaude 
journée d^été, le long de la Sequana, vers le 
mont Valérien,à Theure où ses coteaux s'em- 
pourprent des reflets du soleil couchant. 

Quoi qu'il en soit, nos pères semblent 
s'être fait voiturer dans ces basternes, si 
chères aux Romains, espèces de grandes 
chaises à porteurs, ayant place pour deux 
personnes et supportées par des bœufs som- 
nolents ou des chevaux allant Tamble. 



Les Francs élèvent des chevaux dans leurs 
vastes haras du domaine royal deClichy. Ils 
boivent peut-être déjà de ce vin guinguet, 
ayant laissé le nom de guinguettes aux éta- 
blissements qui le débitaient, en vulgarisant 
le dicton populaire : 

C'est du vin de Montmartre 
Qui en boit une pinte en p.... quatre. 



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PARIS QUI ROULE. 21 

Cependant, plus tard, les rois fainéants 
de la dynastie mérovingienne traversent les 
quartiers bourbeux du Marais dans de lourds 
attelages de bœufs, et Boileau dit au Lutrin : 

Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent, 
Promenoient dans Paris le monarque indolent. 

Pour parcourir les campagnes au vi* siècle 
et se montrer à son peuple, Chilpéric I" se 
fait traîner dans un carpentum romain, 
attelé de plusieurs bœufs et mené par un 
bouvier de village*. 

Mais les béliers, les catapultes, les tours 
roulantes des Normands s'avancent sous 
Paris, le 28 mars 846. 

Les chariots ne sont encore employés que 
pour le transport des choses. 

Les rois de la race carlovingienne, les 

I. Dit Eginhard, dans sa Biographie de Charlemagne. 



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22 PARIS QUI ROULE. 

premiers rois capétiens, les grands sei- 
gneurs du moyen âge chevauchent donc sur 
des palefrois, richement caparaçonnés, tan- 
dis que leurs dames se tiennent sur des 
haquenées brillamment ornées. On mépri- 
serait fort d^ailleurs quiconque se ferait 
paresseusement traîner. L'état des rues de 
Paris, au nombre de 400 environ, est tel, sous 
Philippe-Auguste, que ce monarque ordonne 
le pavage des deux rues principales de la Cité, 
qu'on appelait la croisée de Paris. Des voi- 
tures traînées par des chevaux, racontent les 
anciennes chroniques, remuent une boue 
épaisse qui exhale des odeurs nauséabon- 
des, (t Or un jour, rapporte Rigord, le bon 
roi Philippe, toujours Auguste, se mist à une 
des fenestres, de laquelle il s'appuyoit au- 
cunes fois pour regarder la Seine couler, et 
advint que charrette vint à mouvoir si bien 
la boue et Tordure... que le roi sentit cette 
puanteur si corrompue et s'en tourna de cette 
fenestre en grande abomination de cœur. 



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PARIS QUI ROULE. 33 

Lors fist demander li prevost et borgeois de 
Paris, et li commanda que toutes les rues 
fussent pavées bien et soigneusement de 
grès gros et forts. » A sa rentrée dans la cité, 
après la bataille de Bouvines, le roi s'avance 
au son des fanfares guerrières, le front ceint 
d'une couronne, monté sur son lourd des- 
trier, au milieu d'une brillante escorte de 
chevaliers. A sa suite vient son prisonnier, 
le comte de Flandre, enchaîné sur un mau- 
vais chariot où la foule, qui forme la haie 
sur son passage, Tabreuve de quolibets et lui 
crie, nous rapportent les vieux historiens : 

— Ferrand, te voilà ferré maintenant! 

Et le malheureux Ferrand, pieds et poings 
ferrés, est enfermé dans la grosse tour du 
Louvre, construite en 1204. 



Vers 1292, nous apprend-on*, la mule. 



I. Histoire de Paris et de ses Monuments, par Eugène 

DE LA GOURNERIE. 



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24 PARIS QUI ROULE. 

le cheval et la litière servaient aux Parisiens, 
tandis que la mule était la monture ordi- 
naire des gens paisibles: abbés, évêques, 
magistrats. Cest toujours sur une mule que 
les légats font leur entrée à Paris. Les dames 
emploient la litière découverte ou la chaise 
à porteurs. Jusqu'à la fin du xiii* siècle, les 
Parisiens n'ont pas d'autre moyen de loco- 
motion. Toutefois on aperçoit quelques 
femmes cheminant en croupe derrière leur 
mari, voire même derrière leur valet. Mais, 
dès le début du xiv® siècle, les chars pren- 
nent de la vogue, et la loi somptuaire de 
Philippe le Bel en recule Tusage. 

Les dames se rendent alors aux tournois 
sur des palefrois, que tiennent par la bride 
deux palefreniers, ou montées en croupe 
derrière leur écuyer, comme il est coutume. 

Cependant, vers la fin du xiv* siècle, les 
véhicules commencent à se montrer. 

En 1 377, Charles V envoie, à quelque dis- 



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PARIS QUI ROULE. 25 

tance de Paris, un de ses chars richement dé- 
coré, attelé de quatre belles mules blanches, 
pour recevoir Charles IV atteint de la goutte. 

La reine Isabeau de Bavière, femme de 
Charles VI, monte, au mois d'octobre 1405, 
dans la première voiture suspendue par des 
souppants en cuir de Hongrie, puis elle se 
rend aussi à Notre-Dame dans ce chariot 
branlant recouvert d'un drap d'or. 

Les rois, les princes enfourchent des che- 
vaux, les grandes dames vont sur les haque- 
nées, les hauts fonctionnaires se hissent sur 
des mules et les bourgeoises sautent sur des 
ânesses. Et pour éclairer les rues de Paris, 
le prévôt des Essarts recommande aux habi- 
tants, fort inutilement d'ailleurs, le 1 1 sep- 
tembre 1408, d'accrocher des lanternes à 
leur maison. 

L'usage de monter en croupe ne perd pas 
ses droits ; on conduit même ainsi des pri- 



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26 PARIS QUI ROULE. 

sonniers comme le connétable d'Armagnac, 
Tan 1418, juché derrière le prévôt de Paris. 



En 1420, le roi d'Angleterre Henri V, 
vainqueur d'Azincourt, mort au château de 
Vincennes à trente-six ans, est placé sur un 
char funèbre traîné par des chevaux aux col- 
liers armorie's, dont les uns portent les trois 
couronnes du roi Arthur que nul en son temps 
ne peut vaincre, suivi par les princes de la 
lignée royale « plorants » et se lamentant. 

Les premières postes, organisées par Au- 
guste, et que notre moyen âge a supprimées, 
renaissent sous Louis XI, en 1464, et pren- 
nent plus de développement pendant le 
règne des Valois. 

On continue au xvi* siècle à envoyer les 
gens à la mort montés sur des rossinantes. 
On cite, notamment en 1624, M. Saint- 
Vallier qui est conduit en place de Grève 



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PARIS QUI ROULE. 27 

pour y voir sa tête roulée sous le billot, à 
cheval sur une mule avec un huissier en 
croupe derrière lui. 

Il ne se trouve à la cour de François I"" 
qu'un carrosse venu dltalie pour Catherine 
de Médicis. Cependant, vers la fin de ce 
règne, Jean de Laval Bois-Dauphin est le 
premier gentilhomme qui ait un carrosse, 
et les muguets du roi brûlent de pouvoir 
dire, comme le fait Regnard : 

J'ai, si je veux, de quoi 

Faire aller un carrosse et rouler à mon aise. 

Les messageries publiques prennent à cette 
époque beaucoup d'extension. 

La cour s'enrichit d'un deuxième carrosse 
pour Diane de Poitiers. On ne compte 
donc que trois carrosses dans ce Paris qui 
renferme, vers i558, une population de 
3ooooo âmes, possède 912 rues, et 2736 
luminaires au goudron pour Téclairer. Mais 
le 14 novembre de la même année les falots 



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28 PARIS QUI ROULE. 

sont remplacés par des lanternes ardentes et 
allumantes. Cependant Téclairage des rues 
de Paris semble encore insuffisant lorsqu'un 
abbé, du nom de Laudati, imagine de créer 
des dépôts de lanternes et de flambeaux, 
dans des boutiques où Ton va pour les louer, 
à rheure, à la nuit. 

Un maître du Parlement* insère cette 
clause bizarre dans un bail fait avec un de 
ses fermiers, qu'aux « quatre bonnes fêtes de 
Tannée et aux vendanges on lui amènerait 
une charrette couverte et de la paille fraîche 
dedans, pour y asseoir sa femme et sa fille, 
et, de plus, un ânon et une ânesse, pour sa 
chambrière, lui se contentant d'aller devant 
sa mule, accompagné de son clerc à pied ». 

En 1 562, le roi CharlesIXquitte le Louvre, 
ainsi que la reine sa mère, et se rend à pied 
avec elle jusqu'à la Croix-du-Trahoir, dans la 

I. Gilles Le Maître, sous Henri IL 



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PARIS QUI ROULE. 29 

rue Saint-Honoré, pour se porter à la ren- 
contre de M. de Vieilleville, promu au maré- 
chalat par Catherine de Médicis. Ce véne'- 
rable personnage revient d'Allemagne, où il 
a ne'gocié le mariage du roi avec la nièce de 
l'Empereur, et il fait une entrée solennelle 
dans Paris, qu'il éblouit par le luxe de ses 
équipages. Cent cavaliers précèdent son 
cortège, composé de quatorze coches^, dont 
le dernier qu'il occupe, superbe présent 
de Ferdinand IV, excite Tadmiration des 
Parisiens. 

Cette voiture de gala est en effet magni- 
fique, doublée en velours cramoisi, et tirée 
par quatre cavales de Turquie, entièrement 
blanches, la crinière et la queue teintes en 
rouge, à la façon orientale. Un postillon 
et un cocher hongrois, tous deux en costume 



I. Quand les voitures furent suspendues, elles prirent 
le nom de coches, succédant ainsi à celui de carrosses, 
et venant de Tallemand kutsche, en anglais coach, en 
italien cocchio. 



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3o PARIS QUI ROULE. 

national, aux couleurs de leur maître : jaune 
et noir, mènent le pompeux équipage. 

Mais le faste est porté si loin Tanne'e sui- 
vante, que Charles IX est obligé d'inter- 
dire les coches dans lesquels se prélassent ses 
mignons. 

Le jour de la mort du roi, en 1674, Ca- 
therine de Médicis quitte Vincennes pour 
venir à Pari-s, emmenant dans son coche son 
fils : le duc d'Alençon, et le roi de Na- 
varre. 

Le carrosse de Charles IX, haut et long de 
quatre pieds environ, large de moitié moins, 
est ainsi décrit dans les comptes de dépenses 
du roi : c'est un chariot noir et étroit, dou- 
blé à rintérieur de velours verts à clous 
dorés, et à l'extérieur de peau de vache 
gîtasse. Il est couvert d'une voûte faite d'as^ 
semblage et munie de deux coffres servant 
de sièges, d'une petite chaise pour le cocher 
et d'une petite échelle pour servir à monter 
dedans ledit chariot. 



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PARIS QUI ROULE. 3i 

Les villes lombardes adoptèrent le car- 
roccio et les tribus sarrasines les karrasche. 



Sous le règne de Henri III, un magistrat, 
le seigneur Christophe de Thou, possède un 
quatrième carrosse... Mais dans le cours de 
cette même année 1574, Marguerite de Va- 
lois se sert de sa coche, et M"* de Chastelas 
va en chariot ou carrosse. 

En novembre 1 675, le roi se rend en coche, 
avec sa femme, pour rechercher des petits 
chiens damerets; dans Tannée suivante, ils 
sortent fre'quemment de Paris pour se pro- 
mener en coche à travers la campagne. Coche, 
coche... Tout cela sonne et retentit aux 
oreilles comme des grelots! 

Le 9 novembre 1578, le corps de Marie- 
Isabelle, fille de Charles IX, est conduit en 
coche, de Paris à Saint-Denis. C'est moins 
gai. 

Le i3 avril 1579, '^ maréchal de Mont- 
morency, frappé d'apoplexie, est mené en 



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32 PARIS QUI ROULE. 

coche depuis le Louvre jusqu'à Écouen*. 
C'est plus triste. 

Le 10 septembre i58o, le roi Henri se 
transporte au château de Madrid, bâti* à la 
lisière du bois de Boulogne, et il en revient 
avec un grand mal d'oreilles, disent les chro- 
niques du temps, qui s'empressent de nous 
réve'ler qu'en i58i M. Cheverny, chance- 
lier de France, avait un coche. 

Dans le cortège du roi Henri HI qui, le 
24 juin i584, va du Louvre à l'église de 
Saint -Magloire (faubourg Saint -Jacques) 
pour jeter de l'eau bénite sur le corps de son 
frère : le duc d'Alençon, se trouve la reine 
« séant ^ seule en un carroche^ couvert de 
tanné, et elle aussi vestue de tanné, après 
laquelle suivoient hiiict coches plains de 

1 . Journal de Henri III, par Pierre de I'Estoile. 

2. En 1529, par François l©'. 

3. Journal de Henri Ill^par Pierre de l'Estoile. 

4. Le mot français carrosse ou carroche vient du 
latin carruca ou carrocha, dont les Anglais ont fait 
carriage, les Italiens carro:{^a et les Espagnols car 
roc a. 



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PARIS QUI ROULE. 33 

dames vestues en noir à leur ordinaire ». 

Lorsque Henri III occupait le château de 
Vincennes, il avait coutume de venir à Paris 
dans un carrosse, aussi les Ligueurs formè- 
rent-ils un premier complot, en i585, d'en- 
lever le roi sur la route. 

Le jeudi 5 mai i588, le roi Henri III 
ayant passé une semaine de retraite à Vin- 
cennes, chez les Hiéronymites, monte en 
c^rro^^e pour regagner la capitale. On vient 
alors l'avertir que la duchesse de Montpen- 
sier a dressé une embuscade dans le fau- 
bourg Saint- Antoine pour l'arrêter au pas- 
sage. Une troupe de gentilshommes et de 
cavaliers l'escorte et fait avorter le projet. 
Mais après le meurtre du roi par Jacques 
Clément, la sœur du duc de Guise monte 
en voiture et parcourt ainsi tout Paris en 
distribuant des poignées de mains pour té- 
moigner la satisfaction qu'elle en éprouve. 

Quoique Henri IV ne possède qu'un car- 
rosse, car il écrit un jour : « Je ne sçaurois 



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34 PARIS QUI ROULE. 

VOUS aller voir aujourd'hui parce que ma 
femme se sert de ma coche », le nombre des 
voitures augmente sous son règne. L'usage 
de ces chariots, qui gagnent comme forme 
et comme e'iégance, devient même assez 
fréquent, car les femmes de la bourgeoisie 
commencent à s'en servir. 

En 1599, le futur mare'chal de Bassom- 
pierre rapporte d'un de ses voyages un car- 
rosse fermé de glaces; mais cette mode dis- 
pendieuse, qui n'est pas à la portée de toutes 
les bourses, ne trouve guère d'imitateurs. 
Cependant, M. de Joyeuse adopte ce genre 
de carrosse, avec stores à glace. 

Sully n'a un carrosse que quand il est 
grand maître de l'artillerie, le 1 3 février 1 6o5. 
Le marquis de Cœuvres et le marquis de 
Rambouillet sont les premiers jeunes gens 
à en avoir. Mais ils se cachent quand ils 
rencontrent le roi, et Bassompierre ajoute 



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PARIS QUI ROULE. 35 

que « quand il pleuvoit, ils alloient chercher 
les dames de leurs amies pour faire des vi- 
sites avec elles ». 

Le 9 juin 1606, un accident amené par les 
chevaux du carrosse de Henri IV faillit 
coûter la vie au roi et à la reine*. « Ayant 
avec eux, en voiture, le duc de Vendôme, 
ils manquèrent de se noyer dans la Seine, 
au bas de Neuilly, en revenant de Saint- 
Germain. Ils traversèrent la rivière en bac, 
continue l'auteur, car il n'y avait point en- 
core de pont en ce lieu. Ils ne voulurent pas 
descendre de voiture à cause de la pluie. 
Mais en entrant dans le bac, les deux der- 
niers chevaux tombèrent dans Teau et en- 
traînèrent le carrosse. Le roi et la Châtaigne- 
raye sauvèrent la reine et le duc de Vendôme. 
A cette occasion, le roi, laissant cours à 
son humeur joviale, dit plaisamment qu'ils 

I. Histoire des Chars... par Ramre. 



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36 PARIS QUI ROULE. 

avaient mangé trop salé à dîner et qu'on les 
avait voulu faire boire après... Plus tard, 
quand on eut raconté cet épisode à la mar- 
quise de Verneuil, celle-ci ajouta que si elle 
s'était trouvée là, en voyant Sa Majesté hors 
de danger, elle aurait crié : La reine boit! 

L'usage des carrosses continue à se pro- 
pager vers la fin du règne de Henri IV, 
et, au mois d'août 1609, un capitaine 
nommé La Fleur propose de faire enlever 
les boues et nettoyer les rues de Paris. 

En carrosse doré vous iriez par les rues! 

Molière. 

Pendant une grande partie de ce règne, les 
voies s'améliorent. Mais le mode de trans- 
port reste aussi primitif. Les vrais carrosses 
ne sont point encore suspendus, les essieux 
sont fixes et l'avant-train ne tourne pas, ils 
ont un ciel supporté par des montants sculp- 
tés, autour duquel courent des rideaux en 



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PARIS QUI ROULE. Sy 

peau ou en étoffe qu'on peut relever ou dé- 
rouler. 

Deux beaux carrosses paraissent aux so- 
lennités qui ont lieu à Toccasion de Tentrée 
de don Pierre de Tolède, ambassadeur d'Es- 
pagne, auprès de la cour française. 

On élargit la rue Saint-Honoré, du côté 
de celle de la Ferronnerie. La chaussée est 
toutefois tellement resserrée encore, écrit 
Louft*,que si deux voitures se croisent. Tune 
d'elles est obligée de s'arrêter, afin de laisser 
aux piétons le moyen de s'abriter. C'est ce 
que fit le carrosse du roi, se rendant à l'Ar- 
senal pour rendre visite au duc de Sully. Le 
14 mai 16 10, poursuit l'auteur, il rencontre 
un chariot de foin derrière le cimetière des 
Saints-Innocents. En voyant cet embarras, 
les valets de pied prennent le parti d'entrer 

I. Paris historique, anecdotique et pittoresque, par 
Charles Louft. 

3 



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38 PARIS QUI ROULE. 

SOUS les galeries des charniers et la voiture 
royale reste privée de son escorte. A ce mo- 
ment, François Ravaillac, qui suivait l'équi- 
page depuis sa sortie du Louvre, se glisse 
le long des boutiques jusqu'à la portière, 
saute sur les raies d'une roue, et, tirant un 
couteau de dessous sa cape, en frappe trois 
fois Henri IV qui s'écrie : « Je suis blessé! » 
et expire à Tinstant. L'assassin est immédia- 
tement conduit dans un carrosse fermé, de 
rhôtel de TÉperon aux prisons de la Con- 
ciergerie « contre lequel le peuple, dit de 
TEstoile, aiiant oui le bruict qu'il estoit 
dedans, jecta quelques pierres ». 



Il y a cependant peu de voitures à 
Paris, jusqu'au règne de Louis XIII, car 
les rues de la capitale, toujours en fort 
mauvais état, rendent la circulation difficile. 
Aussi la Seine est-elle une voie de commu- 



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PARIS QUI ROULE. 4» 

nication plus fréquentée. Mais ses crues su- 
bites rendent parfois ses bords peu accessi- 
bles. Quoiqu'il en soit, la rivière est si grosse, 
le jeudi i6 mars i6i5, que Tinondation 
arrive jusqu'au parc des Tuileries, placé au 
niveau de la berge, rapporte Hérouard, dans 
3on journal, et que le jeune roi Louis XIII 
y fait venir un bateau, monte dedans, puis 
va se mettre dans un petit carrosse tiré par 
quatre boucs,.. 

Dans les rues moins étroites de Saint- 
Honoré, Saint-Antoine, Saint-Denis, Tour- 
non, Dauphine, on rencontre de grands 
seigneurs qui reviennent d'un festin, dont 
chaque plat a coûté 45 écus, et portent de 
larges montres-horloges suspendues au cou, 
des habits payés 14000 écus et des mou- 
choirs brodés valant i 900 écus. Arnaut-le- 
Peteux est le premier garçon de la ville qui 
ait un carrosse, car les hommes mariés en 
avaient déjà. Louis XIII ne trouve pas bon 
que Fontenay-Mareuil en possède un, et on 



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42 PARIS QUI ROULE. 

lui répond, nous disent les vieux chroni- 
queurs « qu'il s'alloit marier ». 

Le 8 Juillet i6 lo, rapporte de TEstoile, « la 
reine Marguerite, fille de Henri II, donna 
collation magnifique et somptueuse à la 
reine-régente : Marie de Médicis, en sa belle 
maison d'Issy, au sortir de laquelle Sa Ma- 
jesté monta sur un genêt d'Espagne, qu'elle 
galopa bravement jusques à l'entrée du 
faubourg Saint-Germain, où elle rentra et 
se remist dans son carrosse entouré de force 
garde. » Et le mois suivant, M. de Verdun, 
premier président en la cour du parlement de 
Tolose, arrive à Paris escorté par des amis 
qui ont prisplace dans dix ou onze carrosses. 

Nos corbillards présentent Taspect assez 
peu réjouissant des voitures du règne de 
Henri III, Henri IV et Louis XIII. 

Dans le carrousel donné sur la place 



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PARIS QUI ROULE. 43 

Royale, en 1612, par la 'régente Marie 
de Médicis, figurent une foule de chariots 
allégoriques,entreautreslechar du Parnasse. 

Et le soir, Paris se transforme. Aux flam- 
beaux à chandelle qui enfument, aux falots 
alimentés d'une résine qui empeste, suc- 
cèdent de grosses lanternes. La plupart des 
principaux quartiers de la ville sont pavés 
et mieux entretenus. 

Le duc de Guise, fils du Balafré, se pro- 
mène en carrosse, et M. de Chevreuse en 
commande quinze ppur choisir le meilleur, 
le moins lourd, le plus doux. 

Par lettres patentes en date du 4 août 1617, 
nous voyons Louis XIII donner l'autorisa- 
tion d'établir à Paris un service de chaises à 
bras, pour faire porter de rues à autres 
ceux et celles qui désireraient s'y faire 
porter. 



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44 PARIS QUI ROULE. 

Nous lisons dans Sauvai* ce curieux re'- 
cit : « J'ai appris de la vieille M"' Pilou, 
raconte-t-il, que la première personne qui 
ait eu un carrosse e'tait une femme de sa 
connaissance et sa voisine, fille d'un riche 
apothicaire de la rue Saint-Antoine, nom- 
mée Favereau. De dire comment e'tait fait 
son carrosse, c'est ce que la même dame ne 
m'a pas dit; elle se souvenait seulement qu'il 
était suspendu avec des cordes ou des cour- 
roies, qu'on y montait avec une échelle de 
fer et qu'enfin il ne ressemblait presque 
point à ceux d'à présent; que tant qu'il pa- 
rut nouveau, les enfants et le petit peuple 
couraient après, et souvent avec des huées. 
Pour aller par la ville, elle y faisait atteler 
deux chevaux, et quatre lorsqu'elle allait à la 
campagne; et même il n'y en avait pas da- 
vantage au carrosse de Henri le Grand quand 
il alla à Saint-Germain avec la reine, et que 

I. 1620- 1670. 



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PARIS QUI ROULE. 4b 

ses chevaux, faute d'avoir été abreuvés, 
Tentraînèrent dans Peau à Neuilly, ce qui 
l'obligea, ensuite d'un tel accident, quand il 
sortait de la ville, d'en faire mettre six, avec 
un postillon sur un des premiers, afin de les 
retenir en pareille ou semblable rencontre. 
En quoi, aussitôt, il fut imité par les grands 
seigneurs. » 

L'histoire nous a le'gue' le souvenir de 
cette conversation, de portière à portière, 
tenue entre le baron de Bassompierre et 
M"* d'Entragues, à qui il avait fait espérer 
le mariage... 

Un jour qu'il se promenait en carrosse 
avec la reine Anne d'Autriche, il arriva 
que la sœur de la marquise de Verneuil 
s'arrêta près d'eux en voiture, à cause d'un 
encombrement. La reine, regardant le ma- 
réchal, lui dit : 

— Voilà madame de Bassompierre. 

— Ce n'est que son nom de guerre, ré- 

3. 



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4t) PARIS QUI ROULE. 

pondit-il assez haut pour être entendu de 
son ancienne maîtresse. 

— Vous êtes lé plus sot des hommes, 
s'écria-t-elle dans son indignation. 

— Que diriez-vous donc, reprit Bassom- 
pierre, si je vous avais épouse'e ! 

Vers cette époque, les voitures entrent 
dans le domaine prive'; les coches publics, 
loue's à rheure ou à la journe'e, sont organi- 
sés, en 1 637, par le sieur Sauvage, dans la rue 
Saint-Martin, vis-à-vis de la rue Montmo- 
rency, à renseigne du Grand Saint-Fiacre. 

Double bienfait, nous dit un historien, 
parce qu'ils garantissaient à la fois des im- 
mondices et des filous, car l'habitude de 
porter sa bourse pendue à sa ceinture avait 
fait naître Tindustrie des coupeurs de bourse 
ou des vide-goussets, fort peu traque's de- 
puis l'organisation du guet des métiers par 
saint Louis. 



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PARIS QUI ROULE. 47 

Au milieu des rues sinueuses et étroites, 
car on n'y circule pas encore communément 
à six chevaux, rues bruissantes du roule- 
ment des carrosses de Saint- Fiacre, s'élèvent 
les cris des porteurs de chaises. Ces voitures 
prennent le nom de l'image du saint qu'elles 
conservent de nos jours. 

Le vendredi i5 mai 1643, la population 
de Paris* précédée de ses prévôts et éche- 
vins, de ses compagnies d'archers revêtus 
de hoquetons, et de ses sergents de ville 
portant encore la robe mi-partie, comme 
au temps de Charles VI, encombre les ave- 
nues de la Croix-du-Roule. 

Vers trois heures, le régiment des gardes 
françaises,les mousquetaires,les cent-suisses, 
paraissent de leur côté venant de Saint- 
Germain-en-Laye et escortant le carrosse 
royal tendu de deuil, dans lequel, au lieu de 

I . Histoire de Paris et de ses monuments, par Eugène 

DE LA GOURNERIE. 



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48 PARIS QUI ROULE. 

la longue et maigre figure de Louis XIII, 
on n'apercevait que les traits altérés d'Anne 
d'Autriche et la tête de son fils, Louis XIV. 

Dès 1647, il y a des carrosses ou coches 
de voyage pour quarante-trois villes de 
France, contenant chacun huit personnes, 
attelés de six chevaux, conduits par deux 
cochers montés en postillon. 

M"* de Montpensier, ayant rencontré, pen- 
dant une nuit de la Fronde, le funèbre vé- 
hicule qui transportait les cadavres au char- 
nier de Clamart, tout nus et sans le moindre 
linceul, raconte ainsi Paventure : 

« Il m'arriva sur le Petit-Pont (qui joi- 
gnait la Cité au Quartier Latin), un accident 
qui m'aurait bien effrayée une autre fois que 
j'aurais eu moins d'affaires dans la tête : 
mon carrosse s'accrocha à la charrette que 
l'on mène toutes les nuits, pleine de morts de 
l'Hôtel-Dieu. Je ne fis que changer de por- 



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PARIS QUI ROULE. 49 

tière, de crainte que quelques pieds ou mains 
qui sortaient ne me donnassent par le ne:{. » 

En quittant furtivement Paris, dans la 
nuit du 6 janvier 1649, Louis XIV monte en 
carrosse, ainsi que toute sa famille et sa 
maison, pour retourner à Saint-Germain. 

Madame de la Tre'mouille s'étale dans 
un beau carrosse de velours rouge avec des 
passements d'or, une belle housse dessus, 
bien des armoiries, bien des pages, bien des 
laquais vestus de jaune passementé de noir 
et de blanc, nous dit Tallemant des Rc'aux, 
et elle se rend ainsi, traînée par six beaux 
chevaux gris pommelez, aux sermons du 
Père André qui, parlant de l'enfant prodigue 
et sachant qu'elle était là, ajoute l'auteur, se 
mit à lui faire un train tout semblable à 
celuy de la Duchesse. 

Le 2 juillet i652, défilent au milieu de la 
rue Saint-Antoine les canons , les chariots 



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5o PARIS QUI ROULE. 

de bagages; les voitures de blessés de Tarmée 
du prince de Conde'. Mais une bien bonne... 
comme on dit de nos jours, arrive en i656 
à Bertet, secrétaire du roi, qui, ayant tenu 
quelques propos contre M. de Caudale, est 
arrêté dans la rue Saint-Thomas. Des amis 
de ce dernier montent dans son carrosse, lui 
coupent les cheveux d'un côté, une de ses 
moustaches, et déchirent les canons {\) de sa 
culotte devant la foule stupéfaite. 

Depuis deux ans déjà, l'exemple du sieur 
Sauvage est suivi par M. Charles Villerme, 
qui se fait entrepreneur de voitures publi- 
ques, puis en mai 1667, par M. de Givry 
qui obtient... la rédaction de ces documents 
est toujours amusante : « la faculté de faire 
établir dans les carrefours, lieux publics et 
commodes de la ville et faubourgs de Paris, 
tel nombre de carrosses, calèches et chariots, 
attelés de deux chevaux chacun, qu'il juge- 
rait à propos, pour y être exposés depuis 



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PARIS QUI ROULE. 5i 

les 7 heures du matin jusqu'à 7 heures du 
soir, et être loués à ceux qui en auraient 
besoin, soit par heure, demi-heure, journée 
ou autrement, à la volonté de ceux qui 
voudraient s'en servir pour être menés d'un 
lieu à un autre, où leurs affaires les ap- 
pelleraient, tant dans la ville et faubourgs 
de Paris qu'à quatre et cinq lieues aux envi- 
rons; soit pour les promenades des particu- 
liers, soit pour aller à leur maison de cam- 
pagne. Nicolas Damesme fit alors la piètre 
description de ces voitures : 

C'était pour avoir des carrosses, 

Où l'on attelle chevaux rosses, 

Dont les cuirs, tout rapetassés, 

Vilains, crasseux et mal passés, 

Représentoient le simulacre 

De l'ancienne voiture à Fiacre, 

Qui fut le premier du métier. 

Qui louait carrosse au quartier 

De monsieur Saint-Thomas du Louvre. 

La vie se passe à tellement rouler, que des 
gens épient l'instant où vous descendez de 
voiture pour vous assassiner; tel, par exem- 



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52 PARIS QUI ROULE. 

pie, le comte de Chalais qui, en 1626, tua le 
comte de Pontgibaut dans la rue Notre- 
Dame-des-Petits-Champs. Les accidents de 
voiture se multiplient aussi; on cite Thisto- 
rien Henri Duchesne qui fut écrasé par une 
charrette, en sortant de Paris pour aller à 
Verrières, le 3o mars 1640. 

Plus d'un seigneur se voit donc obligé 
de mettre Tépée à la main en sautant de 
voiture. 

Le maréchal d'Estrées, qui n'était encore 
que le marquis de Cœuvres, manqua d'être 
assassiné dans ces circonstances par le che- 
valier de Guise, posté à la Croix-du-Tiroir 
ou du Trahoir (à la sortie de la rue du Coq). 

Puis le nombre des voitures augmente 
pendant le règne de Louis XIV. Il y en a 3 1 o 
vers i658. L'élan est d'ailleurs donné et 
les encombrements de Paris n'échappent 
point à la satire de Boileau : 

Là, sur une charrette une poutre branlante 
Vient menaçant de loin la foule qu'elle augmente; 



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PARIS QUI ROULE. 53 

Six chevaux attelés à ce fardeau pesant 
Ont peine à l'émouvoir sur le pavé glissant. 
D'un carrosse en tournant il accroche une roue, 
Et du choc le renverse en un grand tas de boue : 
Quand un autre à l'instant s'efForçant de passer 
Dans le même embarras se vient embarrasser. 
Vingt carrosses bientôt arrivant à la file 
Y sont en moins de rien suivis de plus de mille; 



Le 26 août 1660, Louis XIV apparaît, 
avec rinfante Marie-Thérèse, dans un mer- 
veilleux e'quipage. Son coche de ville est 
un riche carrosse à glace, à caisse ouverte 
vers le haut. 

Mais le nombre des véhicules est reconnu 
insuffisant au mouvement croissant de la 
population du xvn® siècle, qui s'élève à 
5ooooo habitants. L'auteur des Provin- 
ciales, le célèbre Biaise Pascal, imagine des 
voitures de louage pouvant faire un service 
régulier entre la Bastille et le Luxembourg, 
et c'est, dit-on, Artus Gouffier, duc de Roan- 
nez, son ami, qui fournit les fonds de cette 
entreprise, autorisée par Colbert. 



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54 PARIS QUI ROULE. 

D'ailleurs des lettres patentes lui sont 
conférées ainsi qu'à ses associés : Jean de 
Bouschet, marquis de Sourches, et Pierre 
de Perrin, marquis de Crénan. Le poète 
Jean Loret chante en vers cette heureuse 
innovation dans la Muse historique : 

L'établissement des carrosses, 
Tire's par des chevaux non rosses 
(Mais qui pourraient à l'avenir 
Par le travail le devenir), 
A commencé d'aujourd'hui même. 
Commodité sans doute extrême, 
Et que les bourgeois de Paris, 
Considérant le peu de prix 
Qu'on donne pour chaque voyage. 
Prétendent bien mettre en usage. 



On crée donc, le i8 mars 1662, sept car- 
rosses à cinq sols, portant des fleurs de lis 
comme numéros d'ordre et, afin de protéger 
cet essai, une garde du grand prévôt monte 
dans chaque voiture, tandis que des cava- 
liers font le guet sur tout le parcours. 

« Ce jour-là même, 18 mars, dit Sauvai, 
les laquais et des gens de la populace non 



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PARIS QUI ROULE. bb 

seulement se mirent à les suivre avec grandes 
huées et grands coups de pierres, mais aussi 
des commissaires postés en divers endroits 
s'étant saisis de quelques-uns, firent cesser 
le désordre. » 

Il y a plusieurs lignes déterminées* par le 
roy comprenant sept voitures; chaque voi- 
ture, d'abord de six places et ensuite de 
huit, est menée par un cocher vêtu d'une 
casaque bleue, avec des galons de différentes 
nuances, suivant la route qu'il dessert. 

L'entreprise dut sa réussite à une cir- 
constance heureuse. Un Jour que le mo- 

I. I" trajet, i8 mars 1662, sept carrosses de la porte 
Saint-Antoine au Luxembourg; 

2C trajet, 11 avril 1662, sept carrosses de la porte 
Saint-Antoine à Saint-Roch. 

S'^trajet, 22mai i6b2, sept carrosses delà rue Montmar- 
tre (coin delà rueNeuve-Saint-Eustache) au Luxembourg. 

4® trajet, 24 juin 1662, six carrosses de la rue Neuvc- 
Saint-Paul et autant rue Taranne pour desservir divers 
points. 

5e trajet, 5 juillet 1662, six carrosses de la rue de 
Poitou au Luxembourg. 



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56 PARIS QUI ROULE. 

narque se trouvait à Saint-Germain et qu'il 
se sentait en belle humeur, ce qui ne lui 
arrivait pas toujours, il fit monter M™*" de 
Montespan dans un de ces carrosses de 
louage, puis, grimpant sur le siège du co- 
cher, il saisit de ses mains royales les guides 
de cuir, et exécuta avec assez d'habileté le 
trajet du vieux château au palais de la reine- 
mère. Il n'en fallut pas davantage pour que 
la cour et la ville raffolassent de ces car- 
rosses, dont on ne put plus se passer; on 
ne se servit plus que de voitures publiques, 
et le duc d'Enghien, pour mieux faire sa 
cour, imagina de suivre l'exemple du roi et 
de traverser tout Paris en faisant l'office 
de cocher; malheureusement l'équipage, 
qu'il menait à grande vitesse, fut heurté 
par un camion chargé de pierres, et le 
prince alla rouler de son siège dans le ruis- 



I . Dictionnaire de Larousse. 



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PARCS QUI ROULE. Sy 

En 1664, les carrosses à calèches, de 
M. de Givry, traînés par un cheval et con- 
tenant quatre places, qui se payaient dix 
sols chacun, disparaissent complètement. 
Ils sont rétablis, en 1666, par les voitures 
de louage des frères Francini, dont on régle- 
mente définitivement les prix, fixés à vingt 
sous, pour la première heure, et à quinze 
pour la seconde. 

L'année suivante, Colbert désigne M.La- 
reynie, lieutenant du palais, pour s'occuper 
du nettoyage général des rues de Paris. 

En 1669, ^^^ Ramée, paraît à Paris le 
premier règlement sur les voitures de place. . . 
défendant à tout cocher, sous peine de cent 
livres d'amende, de donner à manger à ses 
chevaux dans les rues... ; recommandant aux 
cochers de ne point entraver la circulation, 
en stationnant, sous peine de deux cents 
livres d'amende. 

Vers 1677, l'ancien coche baptisé du som- 



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b8 PARIS QUI ROULE. 

bre nom de corbillard, qui rappelle assez 
exactement d'ailleurs nos voitures de pom- 
pes funèbres, fait place à de nouveaux 
carrosses plus élégants et plus gracieux, 
suspendus avec de grosses courroies. Mais 
l'histoire ne nous dit pas si Boileau et Ra- 
cine, nommés historiographes des campa- 
gnes du roi, suivirent dans ces derniers 
les armées en Flandre et en Alsace... Quoi 
qu'il en soit, les carrosses à cinq sols tom- 
bent en désuétude sans laisser de trace, 
restant de nombreuses années avant de re- 
paraître. 

Deux ans plus tard, en 1 679, les premières 
chaises de poste sont inventées par un cer- 
tain de la Gruyère. Le privilège exclusif en 
est accordé au marquis de Crénân, qui les 
introduit sous le nom de chaises de Crenan. 
Mais elles sont trouvées trop pesantes et 
remplacées par d'autres voitures appelées : 
Soufflets. 



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tSM 



V^:S 










Parts qui Boule, par Oborob Bastard. 



CARROSSES LOUIS XIV ET LOUIS ZV. 



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PARIS QUI ROULE. 6i 

A cette e'poque, dit un chroniqueur du 
temps qui nous rapporte les mille bruits de 
la rue, on entend : des claquements de fouet 
sur de maigres coursiers, des retentissements 
lugubres de cloches... clameurs de mar- 
chands, psalmodies de mendiants et d'a- 
veugles qui errent parmi les chevaux et les 
carrosses, comme s'ils avaient des yeux aux 
pieds.., malgré la puanteur de plusieurs 
rues, espèces de cloaques qui pourraient 
porter le navire de Ptolémée. 

Les incommodes voitures du xvi* siècle, 
dit Ramée, se métamorphosent en carrosses 
splendides, avec les faces latérales ajourées 
de glaces, des parties pleines sur les autres 
côtés, au lieu de mantelets en cuir et de 
rideaux de soie aux portières. 

Les carrosses de gala, pendant la seconde 
moitié du xvii* siècle, se montrent enrichis 
de sculptures, historiés d'arabesques et sou- 

4 



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62 PARIS QUI ROULE. 

vent dorés. Le plus beau spe'cimen de Té- 
poque est celui de Tancien gouverneur du 
Roussillon : le maréchal de Mailly, figurant 
au musée de Cluny. Le carrosse du sacre 
de Louis XV est magnifique; il roule dans 
la large voie qu'on vient d'ouvrir sous le nom 
de la Chaussée d'Antin; celui de Catherine 
deMédicisne lui cède en rien comme beauté. 

Les carrosses des gens de cour sont traînés 
par six chevaux; ceux des bourgeois opu- 
lents en ont quatre. Les élégantes, habillées 
d'étoffes précieuses, les pieds allongés sur 
un tapis moelleux et le dos appuyé contre 
des coussins épais, vont faire assaut de toi- 
lette au Cours-la-Reine, qui est la prome- 
nade décrétée à la mode, ou voir jouer le 
soir la comédie de Jean de La Chapelle, 
qui, voulant lui aussi être dans le mouve- 
ment, fait représenter en 1680 le Carrosse 
d'Orléans. 



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PARIS QUI ROULE. 65 

On évalue à 5 ou 6 ooo le nombre des 
voitures en ce siècle, et les roués du duc 
d'Orléans, vers 1686, nous rappellent la 
fastueuse époque de Louis XIV : raffinés 
petits-maîtres, à larges perruques qui se 
rétrécissent en nattes, en queues, en mar- 
teaux, surmontées d'un petit chapeau en 
forme de claque, précédant la venue des 
beaux du règne de Louis XVI, période pen- 
dant laquelle le chiffre des voitures s'élève 
à 8 000, qui circulent dans les rues nouvel- 
lement créées : de Provence, Neuve-des- 
Mathurins, Caumartin, Joubert, Rivoli, 
Castiglione et la Paix. 

Le centre de la vie parisienne est les 
boulevards, où Ton voit flâner les physio- 
nomistes qui, ayant quitté Tépée, lorgnent 
les femmes portant la canne comme au 
XI® siècle, se coiffent en limaçons, avec des 
petits tricornes blancs à la Boston ou à la 
Colin-Maillard, pommadés et frisés, tels que 
sous le règne de Louis XV. On remarque, 

4- 



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66 PARIS QUI ROULE. 

sur la place du Palais-Royal, une station de 
fiacres, de brouettes et de chaises à por- 
teurs, établies par un règlement de 1688. 

Les voitures de gala augmentent de valeur, 
de richesse; elles gagnent en majesté'. Des 
ornements partout. 

Le train et le siège, en bois sculpte', sont 
relevés d'or. Les garnitures inte'rieures de 
la housse du siège sont en velours de Gênes. 

Ce qui fait dire à Voltaire « qu^on inventa 
la commodité magnifique de ces carrosses, 
ornés de glaces et suspendus par des res- 
sorts ; de sorte qu'un citoyen de Paris se 
promenait dans cette grande ville avec plus 
de luxe que les citoyens romains n'allaient 
autrefois au Capitole. » 



Turgot, le prévôt des marchands et le 
ministre du roi , fait remplacer les lourdes 



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PARIS QUI ROULE. 67 

voitures publiques, qui défoncent les routes, 
par d'autres plus légères et moins coûteuses 
qu'on appelle des turgotines. Il fait e'iargir 




3ERLINE A SOUPENTE 



les quais du Pont-Neuf, et Piron ce'lèbre en 
vers cette entreprise : 

Monsieur Turgot étant en charge, 
Et trouvant ce quai trop peu large, 
Y fit ajouter cette marge. 
Passant qui passez tout de got. 
Rendez grâce à monsieur Turgot. 

Le luxe somptueux étalé sous Louis XIV, 
les plaisirs coûteux du règne de Louis XV, 



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68 PARIS QUI ROULE. 

développent au xviii® siècle le goût des car- 
rosses et déterminent leurs nombreuses va- 
rie'tés. A côté des voitures de la cour, qui se 
font remarquer par leurs formes pansues et 
la richesse de leur ornementation, on distin- 




BERLINE A DOUBLE RESSORT 

gue les carrosses modernes, fermés de toutes 
parts, ayant des portières ouvrantes et so- 
lides, avec des charnières et des portières, 
telles que la berline. 

La berline, contenant commenos voitures 
actuelles quatre personnes assises sur deux 



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PARIS QUI ROULE. 69 

sièges, est portée d'abord par des soupentes 
de cuir, remplacées ensuite par des ressorts. 

La berline à quatre portières, ou berline 
allemande, à six personnes, nous vient en 
droite ligne de la capitale de la Prusse, in- 
ventée par Philippe Chieze. Austère et pe- 
sante, d'ailleurs employée plus spécialement 
pour les promenades à la campagne, avec un 
coffre appelé cave et placé au-dessous de la 
voiture pour les provisions du voyage, elle 
fait contraste — la mode ne procède pas 
autrement — avec les voitures qu'elle vient 
de détrôner, avec le carrosse de M"*® de Pom- 
padour « à treillis de roses sur fond or, 
semé de papillons bleus, doublé de damas 
blanc broché et parfumé à Tiris ». 

Quand la berline n'offrait que deux places, 
elle prenait le nom de vis-à-vis, ou de chai- 
ses, ayant deux roues, pour la campagne, 
comme en 1664. 

Mais si elle n'avait qu'un siège derrière, 
avec une glace devant, elle devenait une di- 



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70 PARIS QUI ROULE. 

ligence, parce que, alle'gée de son poids, elle 
allait plus vite, ou elle devenait pour la 
ville : un {carrosse)-coupé, un berlin-got. 

On nomme brouettes, roulettes, vinai- 
grettes, des sortes de boîtes, montées sur 
des ressorts et sur deux roues, traînées par 
un ou plusieurs hommes. 

Les coches du xvni® siècle, qui desservent 
la banlieue sous le nom de diligences, ont 
quatre roues et sept pieds de longueur. 

Lagoudole peut contenir douze personnes 
assises. 

On voit la reine Anne d'Autriche se pro- 
mener en calèche. 

Le landaw ou landau ne se montre que 
plus tard, tandis que le cabriolet, abandonné 
vers la moitié de ce siècle, reparaît avec un 
engouement exagéré, malgré les dangers 
qu'il présente et qui lui valent son nom, en 
donnant lieu au quatrain suivant : 



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PARIS QUI ROULE. 71 

La mode en devint si commune, 
Que le savetier du Palais 
Se promène en cabriolet 
Avec la marchande de prune. 

C'est aussi ce que repond Mandrin à Pro- 
serpine qui, le rencontrant aux Enfers, lui 
demande des nouvelles de la Terre* : 

— Il n'y a rien de nouveau que des ca- 
briolets, c'est le goût à la mode, c'est la fu- 
reur de tout Paris. 

— Hé ! reprend Proserpine, comment 
sont faits ces cabriolets ? 

— Madame, continue Mandrin, c'est une 
voiture légère qui n'a que deux roues et un 
cheval. On y est à découvert; le maître fait 
les fonctions de cocher; mais il faut qu'il ait 
le chapeau à Técuyère, c'est-à-dire une lon- 
gue corne par devant et le bouton par der- 
rière, des gants gris, la manche de Thabit 
en botte étroite et le fouet à la main. Ce n'est 
qu'après des changements infinis que les 

I. Dialogue entre Cartouche et Mandrin, in-i8. Épi- 
nal, Pellerin. 



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72 PARIS QUI ROULE. 

sages du boulevard sont parvenus à donner 
au goût ce point de perfection. Depuis ce 
temps tout est cabriolet. Frisures, coiffures, 
ajustements, perruques; tout prend le goût 
du cabriolet. Les jeunes petits-maîtres mêmes 




DÉSOBLIGEANTE 

veulent un cabriolet. Bientôt toute la ville 
aura des cabriolets... 

On voit surgir encore d'autres variétés de 
voitures, telles que la désobligeante, que 
nous appelons de nos jours un trots-quarts, 
la dormeuse où, comme son nom l'indique, 
Ton peut s'allonger librement. 



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PARIS QUI ROULE. 7^ 

Ce qui fait dire à Regnard, dans sa co- 
médie du Joueur, représentée en 1696, par 
la bouche de Hector : 

Ne serai-je jamais laquais d'un sous- fermier ? 

Je deviendrais un jour aussi gras que mon maître, 
J'aurais un bon carrosse à ressorts bien liants, 
De ma rotondité j'emplirais le dedans. 

Le prix de location, pour tous les carros- 
ses roulant sur la voie publique, est élevé à 
vingt-cinq sous pour la première heure et à 
vingt sous pour les suivantes. Deux ans après, 
en 1698, on enjoint aux loueurs de peindre 
sur leur voiture un grand chiffre en jaune. 



Visitez donc les grands, durement cahoté 
Sur les nobles coussins d'un char numéroté. 

Dblavigne. 



On n'a pas assez remarqué jusqu'ici l'in- 
fluence du carrosse, non seulement dans les 
coutumes et les mœurs, mais sur Textension 
des villes et le développement des habita- 

5 



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74 PARIS QUI ROULE. 

tions. Car c'est toute une révolution qui s*o- 
pèredans les usages. A mesure que l'emploi 
du carrosse augmente, la modification des 
rues devient nécessaire et la transformation 
des e'difices s'impose. Les maisons nouvel- 
les s'élèvent avec des façades plus larges et 
des cours intérieures très spacieuses. Au lieu 
d'une entrée étroite, qui rappelle l'exiguïté 
des portes au moyen âge, on construit des 
portails plus grands où les voitures puissent 
passer; on crée des voies en rapport avec 
les dimensions des véhicules qui font dans 
Paris un bruit incessant, car Saint-Évre- 
mond dit ^ : « Quand le précepteur de Néron 
écrivit de la tranquillité de sa vie, je crois 
qu'il en prit le sujet sur les carrosses de 
louage de son temps, en opposant le repos 
au bruit continuel qu'ils faisoient à Rome. 
Il y en a ici un nombre infini qui ne sont 



I. Lettre italienne écrite par un Sicilien à un de ses 
amis, mais attribue'e à Saint-Evremond et datée du 
20 août 1692. 



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PARIS QUÎ ROULE. yS 

faits que pour tuer les vivants; les chevaux 
qui les tirent mangent en marchant, comme 
ceux qui menoient Sénèque à la campagne, 
tant ils sont maigres et décharnez. Les co- 
chers sont si brutaux, ils ont la voix si en- 
rouée, si effroyable, et le claquement conti- 
nuel de leurs fouets augmente le bruit d'une 
manière si horrible, qu'il semble que toutes 
les furies soient en mouvement pour faire de 
Paris un enfer. Cette voiture cruelle se paie 
par heure, coutume inventée pour abréger les 
jours dans un temps où la vie est si courte. » 

Une des vingt pompes à incendie, con- 
struites par ordre de Louis XIV à Tusage 
des vingt quartiers de Paris, fonctionne la 
première fois en lyoS, pour e'teindre le feu 
qui avait e'claté dans Téglise du Petit-Saint- 
Antoine. 

Vers cette époque, quand la cour est au 
bois de Vincennes, il y a encombrement de 



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76 PARIS QUI ROULE. 

carrosses au coin de la rue Sainl-Paul, de- 
vant une boutique qui a comme clientèle 
toutes les grandes dames de Paris : celle 
du fameux pâtissier Flechner, fournisseur 
officiel du pain bénit de la paroisse. « Pas 
un équipage, ajoute Louft, qui ne s'arrête 
devant cette appétissante boutique pour y 
prendre des petits gâteaux. » 

C'est un grand honneur de monter dans 
les carrosses du roi. On cite les ancêtres qui 
prenaient place dans les voitures de la cour. 
Mais, en 1 760, le nombre en devient si grand 
que Louis XV est obligé de limiter cette fa- 
veur aux gentilshommes qui pourront faire 
preuve de noblesse jusqu'en l'an 1400. 

Dès 1761, il y avait un service spécial 
entre Paris et Versailles et Ton payait 
vingt-cinq sols pour ce trajet. 

Des voitures allaient également à Meudon, 
à Marly, à Poissy, à Saint-Germain et le prix 



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PARIS QUI ROULE. 



77 



du voyage le plus élevé atteignait trois livres 
dix sols. Les diligences qui, au commence- 
ment du xvi* siècle, n'avaient qu'un service 
public, desservent, vers la fin du xvii* siècle, 




PREMIERES DILIGENCES 



la plupart des villes principales du royaume. 
Elles mettent douze jours, par exemple, 
pour aller de Paris, hôtel de Pomponne, 
rue de la Verrerie, jusqu'à Strasbourg. 

Le courrier de Lyon franchissait en moi- 
tié moins de temps la distance qu'il avait à 
parcourir, et chaque voyageur, en partant du 



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78 PARIS QUI ROULE. 

quai des Célestins, avait à verser cent livres. 
La diligence, en quittant la rue d'Enfer, 
porte Saint-Michel, pour se rendre à An- 
gers, était cinq jours en route, tandis que 
celle de Rennes, partant de la rue Pavée, 
restait un jour de moins. Les carrosses pour 
Orléans, pour Chartres, ayant leurs bureaux 
rue Contrescarpe, pour Lille, ayant les leurs 
situés rue Saint-Denis en face des Filles- 
Dieu, ainsi que ceux pour Rouen, établis 
à rhôtel Saint- François, près des Grands- 
Augustins, roulaient pendant deux jours et 
faisaient payer douze livres en moyenne *. 

A cette époque les Parisiens se plaignent 
dePinsolencedeleurs cochers de fiacre. Une 
ordonnance leur impose alors l'obligation 
d'être polis. L'année suivante, en lyyS, les 
Messageries royales sont réunies rue Notre- 
Dame des Victoires. 

I. Charles Nisard, Histoire des Livres populaires. 



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PARIS QUI ROULE. 79 

Le 2 1 janvier 1 782, à Toccasion de la nais- 
sance du Dauphin, la reine Marie-Antoinette 
se rend à l'Hôtel de Ville dans un carrosse 
de gala. 

Il est de mode, en 1787, d'avoir une voiture 
différente pour chaque jour de courses, et de 
se rendre aux Montagnes françaises, imi- 
tées des Montagnes russes, qu'on vient de 
créer dans le domaine de la chartreuse Beau- 
jon. Tous ceux qui veulent singer les beaux 
reçoivent le surnom de freluquets. 

Vers 1789, la population de Paris s'e'lève 
à 65oooo habitants qui prennent Thabitude 
de lire en voiture la marée montante des 
brochures. Déjà!... 

Le 18 janvier de cette même année, un 
anonyme adresse une lettre au Journal de 
Paris y dans laquelle il raconte « qu'il a 
des chevaux tout comme un autre, mais 
qu'il préfère aller à pied, pour son plaisir. 



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8o PARIS QUI ROULE. 

pour sa santé, et surtout pour ménager ses 
bêtes. Il n'est pas de jour, écrit-il, où Je n'aie 
à trembler pour ma vie, sur des chaussées 
sans trottoir et sous des gouttières qui vous 
donnent des douches intempestives. D'inso- 
lents cochers se font un jeu cruel de me pres- 
ser contre des murs où je suis exposé à glis- 
ser sur des tas de glace, de neige et de boue, 
à moins que je ne me laisse rouer par un 
carrosse étourdiment conduit. » Pour s'en 
défendre, Tauteur demande que les bornes 
soient de quatre pieds de haut et aient quatre 
pieds de saillie, afin que « l'extrémité de 
l'essieu n'ait pas la liberté de labourer le 
ventre des malheureux qui se blottissent 
contre le mur, comme il arriva l'an dernier 
à un magistrat distingue'... » 

En 1790, l'administration des postes n'a 
sous ses remises que 27 courriers : charrettes 
ouvertes dans lesquelles on place des malles 
mobiles, d'où vient l'origine du nom de ma//e. 



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PARIS QUI ROULE. 83 

Mais le i" janvier 1792, nous dit Ramée, 
on en fabrique 120, appelés : paniers à sa- 
lade... énorme panier, en effet, peint en noir 
ou en vert foncé, surmonté de plusieurs 
arceaux de bois, recouvert d'une bâche en 
cuir, qui est traîné par un gros limonier, un 
cheval en galère et un troisième : le por- 
teur, sur lequel se trouve le postillon clas- 
sique. 

Les prisonniers roulent en voiture jus- 
qu'à la mystérieuse et redoutable Bastille, 
mettent pied à terre devant le pont-levis et 
pénètrent entourés de gardes dans la cour 
de rOrme, au milieu de la prison d'État. 

Le 21 janvier lygS, Louis XVI passe sur 
la fatale charrette devant la grille du Palais- 
Royal pour être exécuté sur la place de la 
Concorde. 

Tous les jours, à deux heures, pendant 



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^4 PARIS QUI ROULE. 

la Terreur, défilent devant le Café de la Ré- 
gence, des charretées de victimes escortées 
par les gendarmes et entourées par le peuple. 




CARRICK A POMPE 



Le 6 octobre 1793, on conduit devant le 
tribunal révolutionnaire le duc d'Orléans, 
Philippe-Égalité, élégamment vêtu d'un frac 
vert, d'un gilet de piqué blanc et d'une cu- 
lotte de peau dans des bottes à revers. 



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PARIS QUI ROULE. 



85 



Le lo thermidor an II (3 juillet 1794), Ro- 
bespierre, accusé de despotisme, est mené 
à réchafaud, 
avec ses acoly- 
tes : Couthon, 
Saint-Just... et 
une vingtaine 
d'autres. Un so- 
leil brûlant dar- 
de ses rayons 
sur sa tête en- 
veloppée d'un 
mouchoir san- 
glant, qui main- 
tientsamâchoi- 
re fracassée la 
veille d'un coup 
de pistolet, et 
sur son corps 
brisé, à demi étendu dans une charrette. 




CABRIOLET A CAPOTE 



Le 1 3 vendémiaire, an III (5 octobre 1 796), 



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86 PARIS QUI ROULE. 

les canons de Barras roulent dans la rue 

Saint-Honore' et menacent la Convention. 

La Révolution supprime les larges car- 




CABRIOLET A SIX RESSORTS 

rosses et les berlines à la Polignac, doublés 
de velours de Gênes ciselé. Les énormes 
diligences anglaises disparaissent aussi ; 
mais en revanche Ton compte i o ooo voitures 



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PARIS QUI ROULE. 89 

à Paris, dans lesquelles brillent au premier 
rang les muscadins de Chabot. 

Et le Directoire émane le phaéton,qui est 
une pâle imitation du cabriolet, en souve- 




•V:-^V-.«*"^?«.^ 



LANDAU-CALECHE 



nir de la fameuse chute faite par le fils de 
Phœbus. 

O noms étranges! On cre'e les landaus- 
calèches^ les demi'fortunesy dans lesquels se 
prélassent les incroyables et les merveilleux. 
D'autres voitures, aussi bizarres de nom, 
roulent sur le pavé de Paris; ce sont les 
carnc/f^, amenés d'une ville d'Irlande. 



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go PARIS QUI ROULE. 



Sous l'Empire, il y a environ 12 000 voi- 
tures de toutes sortes, et les agréables (rap- 
porte une chronique du temps) bousculent 
les 800 fiacres qui se rendent aux courses de 
Longchamps. 

On commence, en 1808, à faire payer 
un droit de stationnement à chaque voiture 
de louage. Le landaulet fait son apparition. 

Parmi les voitures qui figuraient au sacre 
de Napoléon I", il faut citer : la Victoire, la 
Turquoise, la Brillante, Y Améthyste, la 
Cornaline. Après son divorce, en i8o9,rim- 
pératrice Joséphine se rend au château de la 
Malmaison dans la voiture dite VOpale, 
apparue sous le Consulat; la voiture appelée 
la Topaze, qui, un an après, sert au mariage 
de Napoléon I" avec l'impératrice Marie- 
Louise, transporte, en 1837, Hector Soult 



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PARIS QUI ROULE. 9^ 

alors ambassadeur de France à Londres, 
aux fêtes de la reine Victoria. 

On compte en i8i3 : 13048 voitures. 
Louis XViri est dans son carrosse le jour 
où la maréchale Ney se jette au-devant de 
ses chevaux pour solliciter en vain la grâce 
de son mari. Cinq années plus tard, il y en a 
16 910 dans Paris, qui possède alors une 
population de 800000 âmes, non compris 
4000 voitures bourgeoises. Aux volumi- 
neux j[7a«/er^ à salade succèdent, vers 18 18, 
les élégantes malles-postes jaunes, à trois 
compartiments (coupé, intérieur, rotonde), 
surmontées d'une impériale pour les ba- 
gages, avec banquettes pour les fumeurs. 
Mais le fiacre reste sale et délabré, remor- 
qué par des chevaux détestables. 

Enfin, le 1" janvier 181 g, on estime 
qu'il y a à peu près 22000 voitures, occu- 
pées en partie par les élégants de la Restau- 
ration. 



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94 PARIS QUI ROULE. 

Le duc de Piennes, aussi duc de Dau- 
mont, célèbre par le train fastueux de ses 
équipages, lègue son nom à une calèche 
mene'e « à quatre » par deux postillons 
montés à gauche, Tun sur lé cheval de 
timon et Tautre sur le cheval de volée, 
tandis que le cocher se tient sur un siège 
en forme de coffre, et que des laquais 
poudrés se placent derrière en livrée de 
gala. 

En 1 821, on construit tout exprès une 
voiture pour le baptême du duc de Bor- 
deaux, entièrement dorée comme la voi- 
ture du sacre et surmontée d'une cou- 
ronne placée sur un coussin. La garniture 
de l'intérieur est en satin blanc et le pavil- 
lon, en velours blanc, est brodé soie et or, de 
diverses couleurs, par les demoiselles de la 
Légion d'honneur de Saint-Denis. 

Les cochers de fiacre sont assujettis à 
une livrée, cette année même. 



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PARIS QUI ROULE. 97 

En 1825, une voiture entièrement dorée 
est aussi faite pour le sacre de Charles X. 
C'est la plus belle de la collection du Tria- 
non; un groupe de renommées émerge au 
milieu avec une couronne soutenue par un 
fût de colonne. Garniture d^ntérieur en 
velours de soie cramoisie brode' d*or fin; 
housse du siège enrichie de glands, de tor- 
sades et de broderies d'or. Les poignées 
des quatre laquais qui se tiennent debout 
sur l'arrière-train sont tissées de soie rouge 
et or; toute la bourrellerie est en maro- 
quin rouge. 

Huit chevaux brillamment harnachés et 
caparaçonnés de palatines en velours, brodé 
de soie cramoisie et or, sont conduits par 
un postillon et huit valets à pied , en 
grande livrée. Le cocher tient en rêne les 
six derniers, qui vont au pas. Les dandys 
font les beaux jours de ce règne et le nombre 
des voitures croît chaque année; il atteint 
alors 26 ou 27000. 

6 



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98 PARIS QUI ROULE. 

Ces beaux dandys, ces fameux séducteurs 

Ne sont plus, mariés, que d'ennuyeux tuteurs; 

Ils méprisent l'amour, ils font les bons apôtres. 

Mn»« DE GlRARDlN. 



Quoique les chaises à porteur ne roulent 
pas, citons-lés, de même que nous avons pu 
parler des litières portées par quatre ner- 
veux Syriens aux beaux jours de Rome. Les 
principales, conservéesàTrianon, sont: celle 
de Marie Leczinska (femme de Louis XV) 
peinte par Watteau, celle de Marie-Antoi- 
nette dont les peintures sont attribuées à 
Joseph Vernet, sans oublier les traîneaux 
de M"*' de Maintenon. 

L'ancienne Administration des carrosses 
de la cour disparaît, et l'on construit sur 
son emplacement la caserne Bonaparte ainsi 
que le Conseil d'État. 

En 1819, M. Godot, en 1824, MM. Du- 
bourget et d'Andrion,en 1826, MM. Baudry 



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PARIS QUI ROULE. îo7 

et Boitard sollicitent vainement d'établir 
un service régulier de voitures sur la voie 










OMNIBUS 



publique. En 1828 seulement, M. Baudry 
obtient l'autorisation de faire circuler les 
premières voitures sur les boulevards ou le 

6. 



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102 PARIS QUI ROULE. 

long des quais. Et alors reparaît, vers la fin 
du règne de Charles X, Tancien carrosse à 
cinq sols du xviii® siècle, qui excluait les sol- 
dats, pages, laquais, manœuvres et autres 
gens de bras. Ces véhicules, mis à la portée 
de tout le monde, prennent donc le nom 
d'omnibus. On paye le même prix : vingt- 
cinq centimes par place, puis trente cen- 
times comme aujourd'hui. 

La Révolution de i83o bouleverse tout 
Tordre des choses. Le peuple-roi parcourt les 
rues de la capitale dans des carrosses fleurde- 
lisés, aux cris de : Vive la liberté! 

Mais le calme rétabli dans la rue, de nou- 
veaux genres de voiture, les mylords à un 
cheval, font leur apparition, tels que sont les 
fiacres actuels. Les cochers sont contraints 
de remettre aux voyageurs une petite carte 
indiquant leur numéro. 

Le mouvement et l'animation renaissent 
partout. Les masques se font voiturer aux 



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PARIS QUI ROULE. 



io3 



jours gras dans de magnifiques attelages à 
la Daumont, 




ENTREE DU PEUPLE-ROI 



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104 PARIS QUI ROULE. 

Ce n'est pas à ce sujet que A. Barbier peut 
dire avec raison : 

Le carnaval! Jadis cette courte folie 
Était de la misère, avec un peu de lie... 

car le luxe est inouï et le plaisir extrava- 
gant, mais on doit ajouter comme Théophile 
Gautier : 

De paillettes tout étoile 
Scintille, fourmille et babille 
Le carnaval bariolé. 



La translation des cendres de Napoléon P"" 
a lieu le i5 décembre 1840 sur un char 
magnifique. 

Louis-Philippe offre le char à bancs pou- 
vant contenir toute une famille et le roi- 
citoyen se trouve dans cette voiture le jour 
où Quénisset tire sur lui. L'année 1840 
voit naître les lions. 

On organise en 1841 la surveillance des 



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PARIS QUI ROULE. 107 

fiacres. Il y a dans Paris 25 berlines et 
400 briskas qui sont d'origine russe. 

De son riche briska 
Le dandy fait parade. 
I^ lorette inventa 
Le panier à salade. 

Dblacour. 

Les lourdes diligences des messageries 
Laffite et Gaillard, installées dans Fancien 
hôtel de Roquencourt, donnent une ani- 
mation extrordinaire à la rue Saint-Honoré, 
par leur roulement continu et le bruit de 
leur trompette. 

Ces malles, couleur puce, remplacent les 
coupés jaunes de la Restauration. 

« Aux postillons nationaux et vraiment 
classiques, dit un écrivain, aux postillons à 
queue, à tresses, et poudrés de l'ancien ré- 
gime... aux postillons à la légère jaquette 
bleue, à revers, collet et retroussis écarlates, 
ornée de quelques douzaines de petits bou- 
tons en étain aux armes de France... aux 



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io8 



PARIS QUI ROULE. 



postillons à culotte de peau jaune ou verte, 
au chapeau ciré à ballon et larges bords re- 







troussés au-dessus des oreilles, aux grosses 
bottes à pompe et au petit fouet à nœuds... 
succèdent, pour la conduite de ces grosses 



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PARIS QUI ROULE. m 

diligences, des cochers débraillés, vêtus 
d'une blouse bleue, coiffés d'un bonnet de 
coton et chausse's de gros sabots remplis de 
paille. » 

La République de 1848 a le phaéton le'- 
gendairedu Prince-Pre'sident, et un écrivain 
a fait judicieusement remarquer qu'en con- 
sidérant la façon dont le Prince tenait les 
rênes, les républicains d'alors eussent pu 
prévoir le coup 4'État du 2 Décembre. Ils 
eussent pu éviter ainsi à M. Thiers le dé- 
sagrément d'être cueilli nuitamment dans 
son lit. Mais les ffatidtfis de i85o éclipsent 
les lions d'antan et l'étoile de Napoléon III 
brille de tout son éclat. 

En i8b2, on compte: 352 voitures des- 
servant la banlieue, ySS cabriolets, 912 fia- 
cres et 2 798 locatis circulant dans Paris. Le 
nombre des remises s'élève à 4000 et celui 
des équipages particuliers à 5 000. 



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112 PARIS QUI ROULE. 

Un cocher de fiacre reçoit 3 fr. 5o par jour 
et rapporte à son patron tout Targent qu'il a 
gagne'. D'autres, payés à la planche, suivant 




Texpression consacre'e, traitent à forfait aved 
un entrepreneur auquel il donne : 12, 14 et 
i5 francs, pour la location de sa voiture. 

Le bœuf gras, aux cornes dorées, se pro- 
mène en char. 



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PARIS QUI ROULE. ii3 

Il ne reste plus aucun vestige de ces légen- 
daires coucous j verts, jaunes ou rouges... 
faisant le service de Sceaux et stationnant 
sur la place Saint-Michel ou celui d'En- 
ghien et se tenant près de la porte Saint- 
Denis. Les autres stations principales pour 
Saint-Germain, Neuilly, Sèvres ou Ver- 
sailles étaient le Cours-la-Reine et la place 
Louis XV. 

Rien de plus curieux que ces boîtes de dif- 
férentes couleurs et remplaçant la gondole, 
ouvertes par devant et fermées par derrière, 
avec deux banquettes dedans et plusieurs car- 
reaux sur les côtés. Lorsque l'intérieur était 
suffisamment bondé de gens, nous dit-on, 
on rabattait une sorte de tablier en tôle, 
sur lequel, outre un cocher déguenillé, pre- 
naient place des voyageurs qu'on appelait 
lapins. D'autres malheureux, qui grimpaient 
sur rimpériale, recevaient Taimable nom de 
singes et le rossard efflanqué, qui traînait 
cette charretée humaine de 9 ou 12 person- 



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114 PARIS QUI ROULE. 

nés, prenait par ironie le surnom de vigou- 
reux. 

Mais la postérité d*Alfane et de Bayard, 

Quand ce n*est qu'une i-osset est vendue au hasard. 

BOILEAU. 

L'Empereur fait restaurer en i853 la voi- 
ture de baptême du duc de Bordeaux, qui 
sert à la cére'monîe de son mariage avec 
rimpe'ratrice Eugénie, et, en i856, au bap- 
tême du petit Prince impérial, assis sur les 
genoux de sa nourrice avec sa gouvernante 
et sa sous-gouvernante. 

A l'occasion de ces fêtes, toutes les voi- 
tures des sacres sortent de leurs remises, et 
les armes de France, peintes sur les por- 
tières, en 1825, ainsi que celles brodées sur 
les sièges, sont remplacées par les armes 
impe'riales, soie et or en relief, de plusieurs 
nuances sur velours cramoisi. 

On ajoute aux angles de la galerie quatre 
aigles en bronze doré et ce char triomphant, 



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PARIS QUr ROULE. Ii5 

de plusieurs mètres de hauteur, d*une valeur 
de plus d'un million, parcourt ce jour so- 
lennel les rues de Paris dont la liste com- 
prendrait un millier de noms. 

Le second Empire ressuscite Tattelage à 
la Daumont, qui nous revient d'Angleterre, 
plus fringant et coquet sur ses huit ressorts, 
avec le cocher sur un siège, des postillons 
en tenue de jockey : une jaquette bleue de 
roi à crépines d^or aux épaules, une cas- 
quette de chasse orne'e d'un macaron à fran- 
ges d'or, des bottes molles à revers. 

Insouciant de Tavenir, l'élégant équipage 
passe au grand trot, salué par les cocodès à la 
mode, précédé de trois piqueurs à cheval, en 
chapeau haut de forme, orné d'une cocarde 
aux couleurs impe'riales. L'exemple donné 
par le souverain est alors suivi par les plus 
hauts personnages : le duc de Doudeauville- 
Bisaccia, le marquis d' Aligre, le comte de Jui- 
gné, le prince de Sagan, le marquis de Pome- 



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Ii6 PARIS QUI ROULE. 

reu, le duc de Mouchy. Ce genre d'attelage est 
aussi adopté par d'éle'gantes femmes, comme 
M"" Musard, ainsi que par des cocottes, 

La btWtdaumontàt la princesse de Metter- 
nich, voiture à caisse jaune traînée parquatre 
superbes chevaux noirs, frôle aux Champs- 
Elysées ou dans l'avenue de Tlmpératrice : 
le cabriolet à pompe de M"' Skibels, les pim- 
pantes livrées de M"* de La Houssaye, du 
comte Potocki, de M"' Mercy-Argenteau, 
du prince de Ligne, tandis que l'équipage de 
M. de Rieucourt passe rapidement, conduit 
par des postillons chaussés de bottes à chau- 
dron. 

On attelle aussi des landaus en daumont. 

En 1 867, la voiture de baptême du Prince 
impérial sert pour mener à l'Exposition uni- 
verselle le sultan Abd-ul-Aziz, 

La présidence de M. Thiers inaugure 
bien avec son coupé vert-sombre le régime 
de transition qui succède à ce régime écla- 



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PARIS QUI ROULE. >»7 

tant, tandis que la voiture du maréchal de 
Mac-Mahon, avec ses roues blanches à 
réchampis rouges, sent Tofficier brillant et 
correct tout à la fois. C'est bien là Téqui- 



^3£j^S5^[^ata 




VOITURE DE L AMBASSADEUR DE FRANCE 
A SAINT-PÉTERSBOURG 

page d'une république militaire, ni démocra- 
tique, ni aristocratique, tandis que M. Jules 
Grévy se fait voiturer en bon propriétaire 
dans un landau solide et bien rembourré, 
avec, pour satellites à la mode, comme sous 
les règnes précédents, les peiits-crepés, les 
gommeux^ les boudinés, les pschutteux, les 

7- 



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ii8 PARIS QUI ROULE. 

huileux, dont rénumération serait trop 
longue à épuiser. 

Allez donc nier maintenant Tallégorie du 
char de TÉtat ! 

En i883, le gouvernement envoie à l'ami- 
ral Jaurès, pour représenter la France au 
couronnement du Czar, une voiture qui a 
la caisse bleue et les raies des roues trico- 
lores. Les ornements de la galerie sont en 
bronze et les armoiries R. F. sont peintes 
sur les portières. Le siège est en cuir verni, 
mais les draperies sont rouges et bleues, 
avec des passementeries blanches et un écus- 
son en bronze ciselé. 

Le Président de la République, M. Car- 
not, se rend à l'inauguration officielle de 
l'Exposition, le 6 mai 1889, dans une dau- 
mont attelée de quatre chevaux gris-pom- 
melé, montés par deux postillons en veste 
et toque de drap bleu, agrémenté d'argent, 
culotte de peau blanche... 



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I? A f^i^^^^^JL® ^ ^^ 



Combien aujourd'hui circule-t-il de voi- 
tures dans Paris ? L'avant-dernier comptage 
a eu lieu en 1 858, et le dernier, pi us complet, 
a été renouvelé depuis le i*' mai 1881 jus- 
qu'au 3o avril 1882. La statistique a fourni 
les chiffres suivants, dans l'espace de vingt- 
quatre heures : 

Voitures. 

42 122 sur la place de la Bastille. 

29460 dans Tavenue de l'Opéra. 

20 124 sur le boulevard des Italiens. 

17524 sur la place de la Madeleine. 

14551 sur le boulevard Saint-Denis. 

14095 dans la rue Royale. 

12 638 sur le boulevard Haussmann. 

1 2 023 aux Champs-Elysées. 



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É2 PARIS QUI ROULE. 

Voiture». 

10929 sur le boulevard Saint-Martin. 

iooo3 sur le pont de la Concorde. 

8 393 dans la rue de la Paix. 

7 8o5 sur le pont des Saints-Pères. 

7512 dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré. 



La rue de Rivoli tient cependant la tête 
de cette liste avec le nombre de : 42 875, la 
rue du Havre va de pair avec le boulevard 
des Italiens, tandis que la rue de Chaillot 
est moins favorisée par son animation : 
362 voitures. Le pont le plus fréquente' est 
le : Pont-Royal, sur lequel passent 6192 
voitures, enfin Ton a constate' 1 187 blessures 
graves dans Paris occasionnées sur la voie 
publique par des véhicules de toute sorte. 



Les omnibus, véhicules d'un usage com- 
mode et d'un nom propre à retenir pour la 
foule, font leur apparition à Paris le 3o jan- 
vier 1828, après avoir obtenu un vrai succès 
à Nantes deux années auparavant. 



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PARIS QUI ROULE. laS 

D'apparence un peu lourde, cette voiture 
affecte diverses formes, à quatorze places 
coûtant cinq sous chacune, comme au temps 
de Louis XIV. 

Le cocher, assis sur son siège, pèse sur 
une pédale à soufflet communiquant à plu- 
sieurs trompettes, qui entonnent, pour se 
frayer un passage à travers le flot parisien, 
une fanfare bruyante et contribuent par leur 
vacarme à Tengouement du public pour ce 
nouveau genre de transport. 

Mais l'entreprise supporte des fluctuations 
fâcheuses. On supprime un cheval sur trois, 
pour rétablir Te'quilibre des de'penses; on 
augmente de cinq centimes le prix de la 
course pour grossir la part des bénéfices. 
Bref, les carrosses subissent des modifica- 
tions nécessaires : on fabrique des caisses 
plus longues mais moins larges, et on y 
ajoute trois places dont un strapontin. 



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126 FARIS QUI ROULE. 

La fortune s'attelle enfin à ce char qui 
sonne Thallali sur son parcours et amène 
la curée de ses places ambulantes. 

Les rues de la capitale se trouvent bien- 
tôt sillonnées par une kyrielle d'omnibus 
aux désignations les plus baroques : les /n- 
c/cles, les favorites, les béarnaises, les da- 
vies-blanches, les dames-réunies, les con- 
stantiues, les batignollaises, les gabelles, 
les hirondelles, les écossaises, les excel- 
lentes, les parisiennes, les citadines... qui 
le plus souvent doivent leur nom à la fan- 
taisie, mais aussi rempruntent à leur origine 
ou à leurs qualités, à leurs formes ou à leurs 
couleurs particulières. 

On invente le billet de correspondance en 
i836, Vimpériale de Tomnibus à quinze cen- 
times en i863. 

Deux ans après, la fusion de toutes les 
compagnies se fait sous le patronage du 
Conseil municipal, et il n'y a plus à Paris 
qu'une seule Compagnie générale des Om- 



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PARIS QUI ROULE. 129 

nibus, ayant le monopole exclusif dans la 
ville. 

A cette époque, l'entreprise, qui avait 
347 voitures, transportait 36 millions d'in- 
dividus; cinq années plus tard, elle en pos- 
sédait 406 et le chiffre de ses voyageurs, y 
compris la banlieue, s'élevait à près de 80 
millions. 

Enfin, vers 1869, elle comptait 694 om- 
nibus dans les différents dépôts et 8279 
chevaux dans ses écuries, pour traîner 
116778756 personnes sur un reseau qui 
forme aujourd'hui un trajet annuel de 
22 millions de kilomètres environ. 

Qui n'a pas remarqué ces solides perche- 
rons, auxquels ils sont attelés, race forte 
de chevaux arabes croisés avec les chevaux 
du Poitou, comme ceux croisés avec les che- 
vaux anglais ont produit les pur-sang? Les 
Sarrasins avaient décidément du bon! 



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i3o PARIS QUI ROULE. 

Parmi les principaux omnibus à 40 pla- 
ces, il faut citer : BatignoUes-Odéon et Ma- 
deleine-Bastille qui, depuis sept heures du 
matin jusqu'à minuit, font Tun 465 voyages 
et l'autre 590. La statistique dresse'e pour les 
autres réseaux a démontré qu'il y avait : 
33o tramways et 65o omnibus (34 lignes), 
23ooo voitures de maître, 8 713 voitures des 
Compagnies Générale, Urbaine, Gauloise, 
Moderne, Parisienne, Coopératives, et 
loueurs divers, auxquels on peut ajouter 
200 voitures de remise non numérotées, 
les omnibus de banlieue (Ivry, Pantin. ..)i 
les Paulines et autres voitures de courses 
marchant irrégulièrement. 

Il y a, en somme, 80000 véhicules de 
toute espèce, si Ton veut compter les voi- 
tures de déménagements ou les voitures des 
grands magasins, tels que : le Bon-Marché, 
le Louvre, la Ménagère... 

Il faut comprendre également les char- 



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PARIS QUI ROULE. i3i 

rettes, les tapissières, les camions, les voi- 
tures à bras, et mille autres, sans omettre 
les prolonges d^artillerie, les voitures d'am- 
bulance, les paniers à salade qui font le ser- 
vice des prisons... 

Avant d'être mises en circulation, les 
voitures sont poinçonnées par le service de 
la Fourrière. 

Cest au printemps et à l'automne de 
chaque anne'e que cette double opération s'ac- 
complit. Au mois d'octobre i885, 2 255 voi- 
tures ont été marquées à la Fourrière et 
338o dans les différents dépôts. 

Le nombre des voitures de louage, qui 
n'e'tait, en 1753, que de 170, s'e'levaiten i855 
à 4487. 

Le nombre des fiacres roulant dans Paris 
était, au i" Janvier i885,de 8587, et, au 
i" janvier 1886, de 8929. A chacune de 
ces deux époques, on fixait en outre le 
nombre des loueurs à i 23i et 1 278. 

Durant les années 1887 et 1888 elles 



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l32 



PARIS QUI ROULE. 



étaient de 9016 puis de giSô. Au 1" jan- 
vier 1889, le chiffre des Petites Voitures, 
Citadines,,., roulant dans Paris, s'élevait à 
9550; il augmentera considérablement pen- 
dant cette année d'Exposition, avec l'impor- 
tation des nouvelles voitures, telles que les 
hansomS'Cabs du lord anglais dont les ini- 
tiales : S T, surmontées de couronnes, s'éta- 
lent aux panneaux et sur les lanternes. 




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LE SERGOT 



La terreur du cocher, l'es- 
poir des voyageurs! Prend 
le nume'ro des voitures, en- 
registre les plaintes et dresse 
les contraventions. 

Perçoit le modique salaire 
de 3 fr. 70 par jour, sans 
compter les coups de cou- 
teau auxquels il s'expose du- 
rant la nuit pour veiller à la sécurité des ha- 
bitants. Pauvre sergot! 

8 




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i34 PARIS QUI ROULE. 



NOS COCHERS 



Quelques bonnes boules de cochers plu- 
tôt flattées... Graves et pansus, rieurs et 




rouges, avec des mines épanouies sur des 
corps maigres ou ventrus, les cochers sont 
presque toujours entre deux vins pris chez 
tous les mastroquets du coin. Pendant que 
Cocotte égrène son avoine dans une musette 
en toile pendue à son cou, le cocher mange 



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PARIS QUI ROULE. i35 

sur une petite table installée à la porte d'un 
bouchon. Le cocher de fiacre digère en fu- 
mant sa pipe; conduit d'un air dolent, ca- 
resse du fouet répiderme insensible de son 




buce'phale, est hargneux, insolent, grossier, 
quelquefois face'tieux et blagueur. 

— Avaleur de charrettes ferrées, dit-il à 
un copain qui s'est jeté contre un lourd 
ve'hicule. 

— Demandez le Journal des Cocus^ lance 
un gamin en colportant la feuille devant un 



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i36 PARIS QUI ROULE. 

cocher... — Pas besoin, répondit-il... Je le 
suis depuis huit jours. 

Une femme fait le trottoir. Parlant de 
cette prostituée à Tun de ses collègues, il 
s'e'crie: — Cest xxn^ femme postiche! 

La chaleur est accablante. Un fiacre 
monte une rue cahoteuse lorsque son essieu 
se brise. 

— Cest le soleil!... dit un cocher, et il 
reprend du même ton solennel : — Le soleil 
a brisé le fer !... 




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PARIS QUI ROULE. 



LE COCHER BON ENFANT 

— Pour que j'prenne un bourgeois, moi, 
faut que sa tête m'plaise! 




Est rond de manières comme de figure, 
n'aime pas les longues courses. De la Made- 
leine à la gare Saint-Lazare, v'ià son rêve! 
Deux pourboires valent mieux qu'un seul. 

8. 



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i38 



PARIS QUI ROULE. 



LE COCHER QU'IL NE FAUT PAS CHOISIR 



Un cocher de nuit 
affublé d'un vaste 
manteau déchiré et 
coiffé d'un chapeau 
mou, bossue, diffor- 
me. Sent le tabac et 
pue TalcooL — Re- 
commander son âme 
à Dieu en le pre- 
nant, éviter prudem- 
ment de s'endormir et ne risquer qu*un œil... 
le revolver au poing. 




Aoh! Yes! 




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PARIS QUI ROULE. 



,39 



LE VER RONGEUR 

Le ver rongeur doit être aperçu de haut 




ou de loin. Cheval de foire, cheval de rien ! 
Cocher à Theure, cocher de malheur! 



Verr beautiful! 



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140 



PARIS QUI ROULE. 



LE CHEVAL QU'IL NE FAUT PAS PRENDRE 
A LA STATION 

Il n'y a si bon cheval qui ne bronche! 
Celui-là ne remue pas et pour cause... Sque- 




lette ambulant, bon pour Téquarrissage. Le 
cocher cherche cependant à Famadouer; 
mais rien ne réussit à ébranler sa foi. 

— Courtisan de cheval de bronze, s'écrie 
un loustic qui passe. 



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PARIS QUI ROULE. 



141 



LE SAPIN EMBALLÉ 

Le sapin emballé demande à être vu de 
chez soi. Il n'y a si bon cocher qui ne verse. 




n'écrase les chiens, ne renverse les per- 
sonnes, ne défonce les magasins et ne 
s'abatte... au milieu d'une crèmeriç... 



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142 



PARIS QUI ROULE. 



MARCHENT COMME UN SEUL HOMME 

L'œil du maître, dit un proverbe, en- 
graisse le cheval. Chevaux qui n'ont jamais 




été' vus par leur maître. Marchent aussi 
comme un seul homme, n'ont fait que Je 
camion et passent un beau jour à la voiture. 
Avancement à Tancienneté ! 



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PARIS QUI ROULE. 



143 



AU PETIT JOUR 

A la gare, au petit jour... Première ou 
dernière course. Train d'enterrement, lors- 




qu'il faudrait, au contraire, pour arriver à 
rheure du train, avoir le cheval de Pacolet. 

FIAT LUX! 

Fiat lux! (Ordonnance de police du...) 
Les lanternes rouges qui semblent projeter 



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144 PARIS QUI ROULE. 

pendant la nuit des lueurs sanglantes, les 
jaunes étendre de pâles rayons de soleil et 
les vertes refle'ter les feux d'un verre d'ab- 
sinthe, errent à l'aventure sur la voie pu- 
blique. 




Il pleut. Un quidam sort d'une allée avec 
son parapluie ouvert et dit d'un ton arro- 
gant : 

— Cocher, ouvre ta boîte ! 

— Ferme la tienne, répond Tautomédon 
furieux. 



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PARIS QUI ROULE. 



145 



A L'HEURE SANS DOUTE 



Le cocher fume sa pipe en rentier, reçoit 




son client en amphitryon, se prélasse en di- 
lettante, interpellant ses collègues : 

— On est toujours poli ? 

— Toujours, riposte l'autre. 

— Et les clients? 



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Î46 PARIS QUI ROULE. 

— Aussi. 

— Allons» tant mieux... 

Déclare qu'il ne passe jamais le Pont- 
Neuf sans voir, comme dit le vieux pro- 
verbe, un moine, un cheval blanc et... une 
catin. 

J'VAS RELAYER 

— JVas relayer, vous répond-il d'un air 
hautain, en vous jetant cela à la face 
comme un joueur qui vient de faire sauter 
la banque. 

Ne se montre bien disposé qu'envers le 
piéton qu'il a chance de déposer en route 
sans changer son itinéraire. 

Mieux vaut être cheval que charrette ! 



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PARIS QUI ROULE. 



149 



AHI MALHEUR. 




Tête de priseur et nez au vent, joues 
carminées et menton de cire, favoris en 



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i3o PARIS QUI ROULE. 

broussailles et yeux en boule, mains de 
singe et gestes d'ivrogne. 

— Vingt-cinq centimes pour une course ? . . . 
Ah ! malheur ! Ça n'a pas le sou et ça va en 
voiture'... 



LE COCHER OBSÉQUIEUX 



Le cocher ayant primé 

Tout l'été 
Se trouva fort dépourvu 
Lorsque l'hiver fut venu... 



Type de cocher obséquieux, descendu de 
son siège pour arrêter le Passant — rien de 
François Coppée — avec un doux sourire 
sur les lèvres : 

— Faur-il une voilure, patron, bour- 
geois? 

Le gommeux file et ne répond pas. 

— As-tu fini avec tes manières! (Se retour- 



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PARIS QUI ROULE. 



i5i 



nant.) Cti-là se tient mieux à table qu'à 
cheval. 




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l32 



PARIS QUI ROULE. 



VOITURE ARMORIÉE 
La journée d^une Parisienne : 




Monter sur ses grands chevaux, stationner 



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PARIS QUI ROULE. i33 

deux heures chez sa couturière, une heure 
et demie chez sa modiste, une heure chez sa 
corsetière, une demi-heure chez la fleuriste, 
autant chez la gantière... Elle a fait cela 
hier, mais elle recommencera aujourd'hui, 
pour continuer demain. 

LES CONSCRITS 

Les conscrits! Les joyeux conscrits!! 

Ceux qui voudront s'en aller resteront. 
Ceux qui voudront rester partiront. 

D'un côte' de ravenuedesChamps-Élysées, 
ils descendent bras dessus et bras dessous 
les futurs conscrits. Ils vont guillerets avec 
des airs vainqueurs, en chantant la Marseil- 
laise ou les couplets les plus ressassés des 
cafés-concerts. Les uns reprennent en soli 
et les autres répètent en chœur pour oublier 
leur défaite ou pour fêter leur triomphe. 

9- 



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i54 PARIS QUI ROULE. 

Ils parcourent Paris avec des drapeaux, 
des falbalas, des flots de rubans, de grands 
carrés de papier au chapeau sur lesquels 




s'étale, en chiffres connus, le nume'ro quMls 
ont retire' de Fume. 

Après s'être bien égosillés, ils font de 
longs arrêts chez tous les mannezingues 
pour se rafraîchir le palais. 



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PARIS QUI ROULE. 



i55 



VOITURES DE NOCES 

Il y a de vraies noces, qui se font rouler 

en omnibus, en tapissières, en tramways. 

Elles se font le plus communément dans 




des voitures de remise qui défilent en lon- 
gues théories... Grands carrosses de louage, 
tout en glaces biseautées, avec garniture de 
satin blanc, traînés par de pauvres bêtes 
qu'on dirait articulées tant leur allure est 
raide. 

De la salle de noces pour Festins à 5oo 
Couverts, le cortège prend le chemin du Bois 
et s'achemine lentement jusqu'au restaurant 



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i56 PARIS QUI ROULE. 

de la Cascade. Par les baies vitrées de la 
première voiture, le public est admis à con- 
templer lamarie'e, dissimulant sous des flots 




de tulle son visage compassé. Une branche 
d'oranger, symbole du doux hymen, festonne 
sous son voile le'ger et s'enguirlande parmi 
ses cheveux noués. Hyménée! Hyménée! 
Oh! la douce journée! 




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PARIS QUI ROULE. 



07 



CONDUCTEUR, CONTROLEUR 
ET RECEVEUR 



I ° Conducteur. — Fourrure d'astrakan 
ou de peau de mouton 
au collet, chapeau de 
toile cirée avec un ga- 
lon, manches de lus- 
trine aux bras et gants 
fourre's dans les mains 
pendant Thiver, tel se 
montre à nous le con- 
ducteurd'un omnibus. 

Ne prend jamais 
d'exercice. N'a pas be- 
soin de jambes. On pourrait mettre un cul- 
de-jatte à sa place. Gagne 6 fr. 60 par jour; 




^10 



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i38 PARIS QUI ROULE. 

a des amendes à payer s'il est en avance ou 
en retard dans son trajet, paie des indemni- 
te's s'il écrase des personnes, blesse des che- 
vaux ou heurte des voitures. En revanche, 
peut gagner i5, 20 et 25 francs 
par jour si, pendant trois semai- 
nes, il n'a occasionné aucun dé- 
gât ni aucun pre'judice, suivant 
les endroits plus ou moins en- 
combrants qu'il traverse. 

2° Le Contrôleur. — C'est 

le rentier de ce métier. Regarde, 

inspecte, pointe les feuilles des 

receveurs, siffle les voyageurs 

au passage des voitures, recueille 

les correspondances et... admire les jolies 

femmes. Touche pour cela 2400 francs par 

an. N'a ni risques ni responsabilités. 

3° Le Receveur. — Est généralement 
jeune, petit, maigre. Air fendant, fait de l'œil 
aux trottins. N'a pas son pareil pour enlever 
d'une main légère les femmes trop lourdes. 




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PARIS QUI ROULE. ibg 

Passe la main sous leur aisselle et... v*lan ! 
les voilà sur la plate-forme, souriantes et 
ravies de cette escalade. Il reçoit les mêmes 
appointements qu'un conducteur, s'il est de 
première classe, grade qu'il 
n'obtient qu'après trois ans 
de service à la Compagnie. 
Travail de 6 ou de 1 5 heures 
par jour, avec deux jours de 
congé par mois. Il porte au 
côte' sa sacoche pleine, et les 
déficits de la recette sont à 
sa charge. Bref, en cas d'ac- 
cident, il doit sauvegarder 
les inte'rêts de la Compagnie : 
prendre sur la plaque de la 
voiture qui aborde le nom du propriétaire, 
faire constater le délit et requérir des té- 
moins... Sa plaque blanche sur la poitrine, 
son sifflet suspendu au cou et son képi pen- 
ché sur l'oreille lui valent en outre 5o francs 
de pourboire par mois. 




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i6o PARIS QUI ROULE. 

L'IMPÉRIALE A VOLONTÉ... 

Il pleut à torrent... Personne sur la voie 
publique qu'un chien crotté. L^omnibus 
passe et s'arrête à la station. Immédiatement 
la foule se précipite hors de la baraque en 
bois et les parapluies s'ouvrent. Tout le 
monde baisse honteusement la tête. Les 
femmes relèvent leurs jupes et les hommes 
leur collet; ils se massent ensemble, les 
pieds dans Teau, et attendent leur tour der- 
rière le véhicule. 

— Une place à Tintérieur, et sur le des- 
sus... à volonté, s'écrie le receveur. 

— Qu'embarque... demande le contrô- 
leur. Mais un remous se produit et le reflux 
se porte vers la cabane. 

— Demandez le Canard à trois becs, dit 
un gavroche qui vend une feuille de chou. 

Et le véhicule part, s'ébranle avec une ar- 
mée de parapluies sur l'impériale, où les 



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PARIS QUI ROULE. i6i 

voyageurs hardis, les reins appuyés à la ba- 




lustrade et debout, font face aux autans dé- 
chaînés, sous ce dôme imprévu qui ruisselle 
en gouttes dans leur cou. 



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l62 



PARIS QUI ROULE. 



LA PETITE CHARRETTE DU CHEMIN 
DE FER 

Se garder de lire un journal autour d'une 




gare, remployé vous prendrait irrévéren- 
cieusement pour un colis et ne vous prévien- 
drait du choc qu'au moment de la rencontre. 

— Eh! garé donc, là-bas!! 

— Imbe'cile, maladroit... 

— Voyons, mon p' tit père, n' te fâche pas 
et assieds-toi dedans ! 



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PAGE D ALBUM 



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PARIS QUI ROULE. 



l65 



LA VOITURE AUX CHÈVRES 

La joie des enfants et la tranquillité des 
parents. Va du rond-point des Champs- 
Elysées à Guignol, et de Guignol à la place 




de la Concorde. Plusieurs lignes, sans cor- 
respondance. Les garçonnets montent sur 
le siège et font claquer un fouet qui n'accé- 
lère pas Tallure calme et placide des chè- 
vres, tandis que les fillettes s'entassent pêle- 
mêle dans rintérieur de la voiture et jouent 
à la madame qui va au Bois. 



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i66 PARIS QUI ROULE. 

iLA VOITURE DE LA NOUNOU 

A quitté père, mère, mari, enfants au pays 
natal pour venir à Paris en trouver d'autres 
qui sont étrangers. Grasse et majestueuse. 




la nounou s'avance d'un pas mesuré, rubans 
flottants au vent comme la flamme d'une 
corvette et toutes voiles dehors, roulant de- 
vant elle un marmot somnolent, enfoui 
dans un flot de mousseline, de ruches, de 
gaze et de dentelles. 



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PARIS QUI ROULE. ibj 

LES MARCHANDES 
DES QUATRE-SAISONS 

Les voitures surchargées de légumes et de 
comestibles s'alignent le long des trottoirs. 




Les marchandes, replètes, avec un madras 
ou un foulard sur la tête, vantent les qua- 
lités de leurs denre'es en donnant la ré- 
plique aux acheteuses : 

— Pas frais, mes œufs ? Ils ont e'te' pon- 
dus pour vous, ma mignonne. 

— Eh bien ! on t'en donnera des carottes 
à ce pnx'lk^fainiante ! 



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i68 PARIS QUI ROULE. 

— Trop chères, ces asperges ! va donc, 
paquet... Te faut-il le beurre avec, pour les 
faire cuire ?. . . Veux-tu, par-dessus le marché, 
qu'on te fasse porter la botte chez toi ? 




Tiens, ma botte, voilà où je te l'enverrais !... 
Et toutes ces ripostes se croisent au mi- 
lieu du cri des vendeurs : 

— J'ai des cailles, de belles cailles de 
vigne !... 

— J'ai des écrevisses toutes vivantes ! Qui 
veut des cailles ? Qui veut des écrevisses î 



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PARIS QUI ROULE. 



169 



LE MARCHAND DE TONNEAUX 

Charrette interminable, suivant les rues 
au pas, avec des barriques amoncelées des- 
sus et des petits tonneaux suspendus des- 




sous. Conducteur à pied, flanqué d'un large 
tablier de cuir et psalmodiant d'une voix 
caverneuse, comme si elle sortait par une 
bonde, l'antienne connue : 

— March'and de ton...neaux! 'Chand d' 
tonneaux! Qui a des tonneaux à vendre?... 
Av'vous des tonneaux ? 



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I70 



PARIS QUI ROULE. 



LOCOMOBILE A VAPEUR 





Lourde, pesante 
et noire. Un mons- 
tre! Repose le jour 
et fonctionne la 
nuit, tasse les pier- 
res et aplanit les 
difficultés du chemin. Bien connue des 
noctambules du boulevard qui lui res- 
semblent par plus d*un point... C'est que, 
comme elle, ils fument et veillent... N'a 
rien de la légèreté et du confortable que 
Ton trouve dans les ambulances urbaines 
patronnées par les Dames Françaises. 



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PARIS QUI ROULE. 



17* 



LE CAMELOT 

Voiture montée sur deux roues basses, 
qu'un individu, en casquette de soie et blouse 




de toile, pousse devant lui en répétant comme 
une litanie: Fil, aiguilles, galons... Pom- 
made, savons, miroirs... Boutique à trois, 
à trois sous! Allons, mesdames, la vue n^en 
coûte rien... Choisissez, choisissez! 



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172 



PARIS QUI ROULE. 



POMPE LOCOMOBILE 

Très pratique. A l'air d'un gros canon 
allongé sur son affût et toujours en batterie. 
N'exhale aucune fumée, est roulant et com- 




mode, avec ses grands tuyaux cerclés de fils 
de fer qui se déroulent comme les tuyaux 
d'un vaste narguileh. De vrais cyclopes aux 
tabliers de cuir, chaussés d'énormes bottes, 
circulent avec une lanterne à la main, pom- 
pant la vidange inodore, car... 

De nos jours on améliore 
Souvent bien, et plus souvent, 
Ou la matière ou Tanimal. 

M É R V. 



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PARIS QUI ROULE. 



173 



LES VOITURES DE DÉMÉNAGEMENT 

Quatre fois par an et, pendant un mois 
chaque fois, elles sillonnent Paris ; les 




ï"^' 



meubles et les paniers débordant de toutes 
parts et déposés à la porte des maisons, au 
milieu d'un fumier de paille et d'ordures... 
Les hommes, employés à ces déménage- 
ments, se coiffent d'un bonnet de coton à 
faire croire qu'ils sortent du lit qu'ils portent 
ajir le dos, et les voitures étalent avec com- 



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174 PARIS QUI ROULE. 

plaisance ces réclames séduisantes : Au désir 
de coni enter!... Je suis capitonnée. 

VOITURES A RÉCLAME 

La réclame emprunte au commerce, au 
théâtre, aux cafés-concerts, aux marchands 




d'habits, les formes les plus variées. Pro- 
messes alléchantes et annonces qui tirent 
Toeil. Généralement un postillon en livrée, 
et même voire des amazones, conduisent 
des chevaux attelés sur le char triomphal. 
Boîtes à lait, chapeaux gigantesques, pots à 
moutarde, biberons automatiques, défilent 
sous vos yeux. Les inventions les plus éton- 



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PARIS QUI ROULE. 



175 



nantes apparaissent en lettres cabalistiques 
sur les affiches : Ga:{ de Marais^ Société 
Hélicoïdale^ Crinophile indien. 

POCHÉES DE FARINE ET SACS 
DE CHARBON 




Cette poudre blanche, renferme'e dans des 
sacs blancs, est de'chargée par des hommes 
qui s^appuient sur de gros bâtons et s'appel- 



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176 



PARIS QUI ROULE. 



lent des forts de la halle. D'autres hommes, 
noirs comme des corbeaux, qui montent des 
sacs de charbon de terre jusqu'au sixième 
étage, sans le secours d'aucune canne, n'ont 
pas de nom spécial. Sacs plombés et cache- 
tés, pesés à la bascule, marqués en chiffres 
connus. Garantie, sécurité... 

LA VOITURE DU BOUCHER 
Carriole légère, autant en emporte le vent ! 




Roule, tourne, entraînée par un cheval qui 
n'a que les os et la peau... Le reste est dans 



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PARIS QUI ROULE. 177 

la voiture : chair humaine et animale. Quelle 
est la plus animale des deux? 

LA VOITURE DU BLANCHISSEUR 

Elle traverse de bonne heure Paris. Sous 




la bâche qui la recouvre, le conducteur en- 
gourdi dodine la tête, les rênes passe'es à 
son bras et les mains glissées dans ses po- 
ches. Une jolie fille, assise sur le linge, som- 
meille dans l'autre coin, avec une chauffe- 



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178 PARIS QUI ROULE. 

rette sous les pieds, en hiver, et ses mains 
ramassées sous son tablier. 

C'est le mardi de chaque semaine. 

La voiture s'arrête à une porte; elle est 
gardée par un petit chien aussi bien que par 
une armée. Les paquets de linge propre en 
sortent et les paquets de linge sale y rentrent. 
Le soir, la grande voiture retourne au logis, 
cheminant au pas sur la route. Et des cris 
étouffés, mystérieux, s'échappent; des éclats 
de voix féminines retentissent... On est si 
moelleusement couché sur la fine batiste et 
sous le gros prélart. 

LA VOITURE DU LAITIER 

La première qui roule, et la plus bruyante. 
Avec la visière de la casquette rabattue sur les 
yeux et le collet du paletot relevé jusqu'au 
nez, des laitiers reviennent en fumant leurs 
pipes. La charrette, allégée de tout le poids 



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PARIS QUI ROULE. 179 

du liquide quMle a versé à sa clientèle, 
roule au grand trot du cheval. 

Le pas des chevaux résonne, les boîtes de 
fer-blanc se heurtent, brimbalent, font un 
tapage infernal. 




Sous la pluie, la lumière des becs de gaz 
projette des lueurs diffuses, tandis que les 
boutiques ouvertes des boulangers mati- 
neux répandent, par endroit, de grands re- 
flets de forge. Les balayeurs s'espacent çà et 
là, éclaboussés de tous côtés, mais le corps 
de balai n'a cure de ce mince inconvénientj 



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iSo PARIS QUI ROULE. 

PETITS GAINS ET GROS EFFORTS 

Retour des Halles... Deux bras robustes, 
qui font la force de plusieurs chevaux, 




tirent une charrette pleine d'oignons, 
choux, poireaux et salade. La petite chico- 
rée ! La petite chicorée ! Coup de pied de 
jument ne fait jamais de mal aux chevaux, 
car la femme s'attelle au brancard. 



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PARIS QUI ROULE. 



i8l 



LES TOMBEREAUX DE DÉCHARGE 

Derrière Montmartre ! 
Cheval d'avoine, cheval de peine, dit le 
proverbe. 




Je doute que celui-ci ait beaucoup de 
Tune, mais je constate qu'il a beaucoup de 
Tautre. N'importe! Il tire, travaille, fatigue. 



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x82 PARIS QUr ROULE. 

Le cocher jure, peste, sacre comme un 
brigadier... du train des équipages. Mais il 
ne connaît qu'une arme : le fouet; il ne con- 
naît qu'une cavalerie : la grosse, et qu'une 
allure : le pas. Comme lui, cependant, il 
connaît encore le petit verre et le tabac. Mais 
il n'a pas de plus grand bonheur sur terre 
que de faire enrager le bourgeois. Se tient 
toujours au milieu de la route, afin d'accro- 
cher les voitures. Ne crains rien pour son 
tombereau. Est d'ailleurs assuré contre les 
accidents. 

LE CABRIOLET DE LA POSTE 

Cheval de paille, cheval de bataille! Ré- 
quisitionné parmi les chevaux réformés des 
régiments de trainglots. Attend, immobile, 
devant les bureaux de la poste qu'on rem- 
plisse de lettres le coffre de la voiture, et, 
fouette cocher! il part, sous la conduite du 
cocher enveloppé de son carridk, avec un 



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Paris qui Roule, par Georok Bàstàrd. 

LE CABRIOLET DE LA POSTE 



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PARIS QUI ROULE. i85 

chapeau à rebrousse-poil de Robert Macaîre, 
tout galonné d'or, qui lui entre Jusqu'aux 
oreilles formant oeillères sur les côtés. Porte 
dans sa boîte la destinée d'un peuple. Amour 
et mystère! 

LA POMPE A INCENDIE 




Ce n'est pas une voiture, c'est une loco- 
motive traînée par des chevaux, ayant une 



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l86 PARIS QU[ ROULE. 

brochette de pompiers en sautoir. Elle corne 
comme un vieux cheval poussif, suspend la 
respiration générale de toute une ville et, 
avant d'arriver au foyer d'incendie, allume 
sur tout son passage, avec le fourneau de sa 
machine, les pâles' reflets d'un autre incen- 
die. Il n'est pas rare de voir un pompier à 
cheval mais le comble serait de le voir sur 
un cheval auquel on aurait mis le feu. 

LA BROUETTE MUNICIPALE 




^^ 



Une voiture qui ne marche pas toute 



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PARIS QUI ROULE. 187 

seule! Son cheval a la tête grosse, dit le 
proverbe, il ne peut sortir de Técuric. 

Il n'aime pas Tété, parce qu'il faut arroser 
pour abattre la, poussière. Il déteste aussi 
Tautomne, parce que la chute des feuilles ne 
lui laisse aucun repos. L'hiver aurait du 
bon s'il n'y avait pas à balayer la neige; le 
printemps seul est sa saison de prédilection, 
parce qu'il a moins à f^ire. 



LE MONSIEUR AUX MOUTONS 



Une illustration de l'avenue du Bois 
dans une voiture de malade, les jambes en- 
veloppe'es d'une couverture et le chef coiffé 
d'une casquette de fourrure ou d'un chapeau 
de paille, suivant la saison. Quel est ce per- 
sonnage énigmatique ? Où peut-il demeurer? 
A quel rang de la société doit-il appar- 
tenir?... Le mystère est dévoilé. Son nom 



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i88 PARIS QUI ROULE. 

est M. de K..., ceux de ses moutons : Ba- 
bylas et Babette. Il habite Passy. Voici 
maintenant sa légende : Neveu de Lamen- 




nais, ancien secrétaire de Lamartine, ami 
du marquis de Hertford, a fait sauter le 
Prince impérial sur ses genoux. Militaire, 
voyageur, homme politique et journaHste 
tour à tour... il est parti en ballon pendant 



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PARIS QUI ROULE. 189 

la guerre, est allé échouer sur la mer de 
glace où il a eu les jambes gelées... 

O douceur, sainte esclave! O bonté, sainte reine! 
Que la bête ait en Thomme un maître respecte'; 
Que partout où la vie est en proie à la peine, 
La douceur porte la bonté! 

Victor Hugo. 



LA VOITURE QU'ON NE HÈLE PAS 

Cheval à Toeil morne et résigné, aux 
jambes arquées et cagneuses, dont une 
touffe de poils orne les sabots. 

Roule lourdement sur le pavé. Recrute 
ses officiants on ne sait où. Situation d'ail- 
leurs peu recherchée, jamais consignée 
sur une carte de visite. Le peuple souve- 
rain renifle même en passant et n*a que 
des paroles amères pour les gens de ce 
métier. 

C'est un jour de pluie; il tombe des halle- 
bardes et le conducteur reste sur son siège, 

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igo PARIS QUI ROULE. 

sa pipe aux dents. Un gavroche s'approche 
alors et lui dit en pinçant ses narines : 







— Oh! là, là... Ferme donc tes égouts. 
Puis il ajoute : Ah! malheur. T'as donc pas 
trois sous de plus pour rentrer à Tinté- 
rieur?... 



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192 PARIS QUI ROULE. 

HYDROTHÉftAPIE MUNICIPALE 

Douche gratuite et laïque, préfe'rable en 
été à rinstruction obligatoire... 

Indifférent au sort de ses semblables, le 
cocher du haut de son siège paraît cepen- 
dant prendre un malin plaisir à arroser les 
tibias de ses concitoyens et à leur témoigner 
de son mépris à la façon canine. 

LA PROVIDENCE DES DÉCROTTEURS 

Partout où celui-là passe, celui-ci a déjà 
passé. Position sociale recommandée : Bros- 
seur de voirie. Demande du soin, de Thabi- 
leté pour rejeter proprement sur les bords 
de la chaussée, une crème mousseuse et 
fouettée, couleur café au lait; des fonction- 
naires salariés par TÉtat la raclent ensuite, 
avec leurs râteaux, jusqu'à Grille-d'Égout 
pour faire place nette aux oisifs, aux prome- 
neurs, à tous les vagabonds de la vie. 



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Paris qui BouIp, par George Bastard. 



LA PROVIDENCE DES DECROTTEURS 



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PARIS QUI ROULE. igS 



VERS L'ÉTERNITÉ 

Monte gaillardement Tescalier, entre à 
pas pesants dans la chambre mortuaire; en 



ftl^lRSRiM 



redescend avec adresse dans Tescalier ciré, 
s'arc-boute contre les parois du mur et dis- 
pose avec art les couronnes de fleurs sur le 
char funèbre... Tel est le croque-mort, qui, 
pendant la cére'monie religieuse à Téglise, 
va le plus souvent prendre un gloria-cassis 
sur le zinc de la buvette la plus proche. 

— L'argent de la mort, dit à voix hau te un 
des clients en le voyant payer au comptoir ! 



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:96 PARIS QUI ROULE. 

— Et qui ne reçoit d'elle aucun pour- 
boire, répond Tautre. 

Puis, les prières acheve'es,le lugubre cor- 
tège se remet en marche, les hommes d'é- 
quipe de chaque côte' du char funèbre, aux 
draperies noires à franges blanches. Leurs 
mains gantées de fil blanc, avec leur habit 
de drap noir use' et lustre', un chapeau ver- 
ni où le soleil se mire, ils s'en vont les 
bras ballants près des chevaux, comme les 
ombres errantes du Styx... 

L'INVASION DES BARBARES 

Affreuses cages rouges signale'es à la vin- 
dicte publique, envahissantes, gênantes, en- 
combrantes, qui n'ont d'autre utilité' que de 
faire une re'clame ambulante et stupide, en 
faisant le trottoir comme des grues ou des 
ibis sur le bord du Nil. Oh ! Seigneur, dé- 
livrez-nous de ce fléau. Interdites à ces véhi- 



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PARIS QUI KOILE, iÇKï 

cules la circulation libre et envoyez-les de 
l'autre côté du de'troit pour voir si le tunnel 
s'avance. 

Oh! t ai lors.,, quelle obsession écrasante 
et énervante ! Tailors! iailors! 

LA BOULANGÈRE 

Celle qu'on voit chaque jour avec plaisir 
— mince comme une allumette, mais forte 




comme un taureau — déposer ses flûtes ou 
son pain riche à la porte... 



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PAGE D*ALBUM 



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LE BOIS 



Dix heures, — Des maquignons ensaucis- 
sonnés dans leurs couvertures, huches sur 
le siège de leur grand diable dressent leurs 
pouliches, les mettent au trot et les ras- 
semblent pour les faire remarquer des ama- 
teurs. Les hommes, en vestons courts et 
chapeaux mous, les femmes, en toilettes 
simples, arpentent l'avenue du Bois; ceux- 
là à grandes enjambées et en balançant 
leurs bras, comme pour faucher devant eux, 
celles-ci s'avançant à petits pas, la mine 
fûtée, les mains dans les poches, en garçon! 



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ao4 PARIS QUI ROULE. 

L'allée des cava 
lierss'emplit de vieux 
ou de jeunes, gros, 
ronds, obèses, secs, 
mindes ou fluets, en 
bottes ou en guêtres, 
avec le pantalon de 
velours à côtes. Les 
officiers, plus mâti- 
neux, ont déjà fait le tour du Bois, plus loin 
que la Potinière, et remontent l'avenue, au 
pas, avec leurs costumes de diverses nuan- 
ces, leurs uniformes brillants, leurs képis 
bien enfoncés der- 
rière la tête. 

Les voitures de 
toutes formes : arai- 
salées, boggySy char- 
rettes anglaises et 
phaétonSy sillonnent 
la chaussée ; les 
chiens jappent, es- 




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PARIS QUI ROULE. 2od 

cortent leurs maîtres. Caniches frisés et bull- 
dogs sautent, gambadent et s'acharnent les 
uns après les autres au milieu des pelouses. 
Des amazones reviennent lentement en 




leur coupé hermétiquement clos, pour ne 
pas attraper de refroidissement, après les 
longues chevauche'es qu'elles ont faites en 
suivant Talle'e des Poteaux. Serre'es dans 
leur corsage mince, elles passent, discrètes, 
enfouies dans la soie de leur voiture capi- 
tonnée et chaude. 



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2o6 PARIS QUI ROULE. 

On^e heures. — Les chaises alignées à 
rentrée de l'avenue, près de TArc de l'Étoile, 
sont occupées par la foule des décavés, des 
rastaquouères et des femmes « en dèche » 
qui viennent admirer les fortunés d'une 



m' 



m 



/^^KAi J^m M 




heure et me'dire de leur prochain, tourner 
en ridicule Téquipagedu comte Y..., admirer 
les allures du cob de M. Z... ou critiquer les 
toilettes de la belle madame X... 

C'est un papotage continuel couvert par le 
roulement des voitures. Un bruit de volière 
sous les marronniers feuilles! C'est aussi 



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PARIS QUI ROULE. 207 

une jolie exposition vivante de minois chif- 
fonnés, bruns ou blonds, qui vous toisent 
d'un coup d'oeil, vousdétaillent tout entier — 
lespieds surtout ! Un pantalon étroit et court, 
des bottines longues et minces avec un bout 
pointu et des talons plats, étaient, paraît-il, le 
suprême du bon genre... Quelle est la mode 
aujourd'hui? Quelle sera celle de demain?... 
Tout passe et repasse, roule et se déroule. 

Midi. — Les rangs se sont éclaircis parmi 
les habitués de ce club en plein air, parmi 
la foule des pie'tons qui remontent Tavenue 
et les rares cavaliers qui suivent Tallée... 
Les promeneurs reviennent en tirant la 
jambe; les chevaux passent au petit galop 
de chasse. Puis le vide se fait au Club des 
Pannes, et Tavenue du Bois devient déserte. 
La chaleur monte et noie dans une buée d*or 
les collines du Mont-Valérien qui s'estompent 
à l'horizon. 



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2o8 PARIS QUI ROULE. 

Une heure. — Alors Téquipe des ba- 
layeurs se disperse, se rend de nouveau 
maître du terrain. Les tuyaux d'arrosage se 
déroulent comme de longs serpents, les jets 
d'eau partent comme des fusées et retom- 
bent en pluie fine, en gerbes irisées dans la 
poussière grise du sol. 

Une bonne odeur de terre et de plantes 
mouillées se répand dans Pair. 

Deux heures. — C'est le flot des nounous 
qui s'avance, sous une avalanche de para- 
sols, avec leurs larges rubans ondoyant au 
vent. Cette armée s'empare des bancs et des 
chaises, pendant que leurs jeunes nourris- 
sons jouent aux pâtés ou font la guerre. 
Elle forme l'avant-garde de la foule qui dé- 
borde, les uns à pied, les autres en voiture. 
Familles entières : père, mère, enfants, 
pêle-mêle dans des voitures de louage. 
Fortune assise, intelligence bornée, vanité 
inassouvie! Que de locatis! Landaus, cale- 



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PARIS QUI ROULE. 



209 



ches, victorias, coupés, ducs, phaétons, dé- 
filent avec un vernis craquelé, des capotes 
douteuses, une doublure usée, des ressorts 
fatigués, des chevaux poussifs et des cochers 
d'occasion. 




LA VICTORIA 

Jeune ménage venu passer sa lune de 
miel à Paris et qui se fait conduire à Ma- 
drid. Toilette claire, chapeau à plume fris- 



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210 



PARIS QUI ROULE. 

sonnant, haute forme luisant et pantalon à 
carreaux. Ni le mari ni la femme n'échan- 
gent un mot, un sourire. Ils regardent et 
semblent croire qu'on les regarde beaucoup. 
Se figureront rentrés en province qu'on les 




a admirés. Cela suffit à leur bonheur! Ont 
pris une voiture de luxe traînée par des 
chevaux en bon état mais sans valeur, 
menés par un cocher en livrée, sans tenue, 
sans chic, avec de gros souliers lacés au lieu 
de bottines fines. Quant aux bottes à re- 
vers, ils n'ont pas encore visé si haut. 



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PARIS QUI ROULE. 



LA CALÈCHE 



La belle Frizine passe dans son huit- 
ressorts élégant. Fringant équipage, che- 
vaux à haute allure, mais dont il ne faut pas 




détailler les formes. En général, ne jamais 
regarder de trop près les choses, car on y 
trouve le plus souvent de rudes mécomptes. 
Caisse fraîchement repeinte, banquette en 
cuir neuf, tapis moelleux sous les pieds... 
Chaussée de brillants escarpins et de bas 



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212 PARIS QUI ROULE. 

à jour. Cocher en culotte courte, en peau 
de daim... nez cramoisi et ventre bedon- 
nant. La suave et capiteuse Frizine est 
allongée dans sa voiture, étalant les plis 
de sa robe mousse sur le cuir chamois 
des coussins. Chapeau crème et ombrelle 
mauve! On la dirait noyée dans des flots 
de Champagne. On prétend qu'elle s'est 
vouée à l'armée parce qu*elle adore le gé- 
néral... Public. 

LE COUPÉ 

Deux amis sont venus à Paris et se sont 
meublé un appartement, de compte à demi. 
Prennent leurs repas en commun, fréquen- 
tent ensemble les théâtres, sont abonnés 
à la même voiture de remise et se rendent 
chaque après-midi à la Cascade, — pour en 
revenir, le plus souvent, quatre dans le coupé 
trois-quarts, serrés, pressés, ankylosés. Il 
fait chaud dans cette voiture. Les glaces sont 



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PARIS QUI ROULE. 2i3 

naturellement baissées et les stores aussi. 
Une grande jument efflanque'e traîne cette 
voiture de pannes. Elle a eu des jambes, 
mais n'a plus de cœur. On finira sa soirée 




par un petit bac de famille, ce qui est une 
autre façon de se faire rouler. 



LE PHAÉTON 

Cheveux blonds et lisses, raie au milieu ; 
front large, mais tête creuse. Est tailleur, 
bottier ou chemisier de son état. A un grand 



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214 PARIS QUI ROULE. 

phaéton à sa porte pour faire croire qu'il a 
des clients. Ce n'est qu'une enseigne. Le 
cheval s'e'tire, s'arc-boute presque comme un 
pur-sang de race. N'est qu'une bête vannée 
connaissant bien la police des files. Le 




groom sangle' dans sa tenue vert-bouteille 
lui martyrise les jambes à coups de talon 
de bottes pour qu'il se cambre comme un 
cheval de prix. Harnais verni, bouderie de 
cuivre... qui n'éblouissent cependant per- 
sonne. Lorsque ce bottier ou ce tailleur 
monte sur le siège, il voudrait paraître. 
Lorsqu'il prend en main les rênes, son atti- 



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PARIS QUI ROULE. 2l5 

tude raide et compassée le rend grotesque. 
Grave, sans correction, il conduit, les pou- 
ces à hauteur du nez. Passe inaperçu et ne 
réussit qu'à éclabousser sa clientèle qui le 
lâche. Cela n'est pas le moyen de s'en faire 
une. 

LE DUC 

Voiture basse, garde-crotte énorme, che- 
val gigantesque, le tout confié à des gens 




inexpérimentés ou naïfs, à des collégiens en 
vacances pour que, si le cheval est rétif et que 
le véhicule verse, que celui-ci se brise, que 



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2i6 PARIS QUI ROULE. 

Tautre s'emballeet se couronne, le jeune ama- 
teur paie la casse et ne se démolisse pas les 
reins. Voiture sans strapontin ni siège der- 
rière pour qu'il ne soit pas tenté de réclamer 
un garçon. Part seul, maîtrise mal la bête 
vicieuse, renverse tout devant lui, écrase des 
enfants et revient avec un procès-verbal 
dressé contre le propriétaire, qu'il paiera à 
son lieu et place. Total: 6000 francs de 
dépense pour une journée de contrariété et 
d'émotion. Jure ses grands dieux qu'on ne 
Ty reprendra plus. 



Il y a bien d'autres voitures que nos voi- 
sins n'ont pas encore importé chez nous, 
telles que la vigilante, le brougham, le cor- 
ricolo. 

Le cab, plus heureux, a passé la Manche. 
C'est un cadeau de la perfide Albion. On 
connaît la définition de ce véhicule ?... « Le 
cab est une voiture ainsi faite que, de Tin- 



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PARIS QUI ROULE. 217 

térieur, le supérieur ne voit pas le posté- 
rieur de l'inférieur qui est à l'extérieur. » 

Un homme très selected^ prétendent les 
élégants, ne dira jamais de nos jours un cab, 
mais un hansom. 

Il y a quelques années, on remarquait en- 




core à Paris de magnifiques équipages 
alliant le bon goût français à la correction 
anglaise. En 1879, l'attelage des mules du 
marquis de L... était à noter et le troïka du 
prince de X... faisait retourner la tête. 
Mais la génération actuelle abuse trop du 

i3 



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ai8 PARIS QUI ROULE. 

village-carij du buggy, du spidder. Noms 
baroques s'il en fut et qu'on s'attache à in- 
troduire dans notre langage courant ! 

Le bois ciré ou verni est par trop rus- 
tique à Paris. Cette implantation chez nous 
est mesquine. C'est égal : la jeune gomme 
se fait voiturer fiévreusement. Partout voi- 
tures à volonté... qu'on ne trouve jamais 
quand on en a le plus besoin, car c'est à la 
volonté du loueur. 

C'est un roulement général mais banal, 
uniforme et sans cachet. On voit de haut ! 
Mais plus de quatre chevaux attelés en 
Daumont, avec casaque claire et toque 
éclatante. Finie l'élégance! On ne roule 
plus sur Tor, mais sur le rail. 

C'est Tâge de fer qui règne ! 



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LA CROIX-DE-BERNY 



La piste de Berny est située derrière Fon- 
tenay-aux-Roses. Un joli emplacement ! 
Derrière Sceaux et au milieu des riants co- 
teaux de la vallée de la Bièvre! 

Ces courses n'ont lieu qu'une fois par an : 
le mardi de Pâques; c'est comme une pre- 
mière au théâtre qui n'aurait ni répétition 
générale ni représentation suivante. 

L'endroit des courses fut choisi, en 18 34, 
par une société de gentlemen-riders, qui y 
inaugurèrent Içs premiers steeples de France 
et de là, l'administration des haras des Pins 
les étendit, vers i85i, en les multipliant à 
Auteuil, à Vincennes. 



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222 PARIS QUI ROULE. 

Le succès de Thippodrome de Berny gran 
dit très vite. Plusieurs chutes de Guitare, 
au duc d'Orléans, mirent aussitôt ces stee- 
ples à la mode. Et, en iSSg, lord Seymour y 
présenta son célèbre cheval Barcha. 

Autrefois le rassemblement des voitures, 
au départ, avait lieu au Cours-la-Reine, 
mais Tusage s'en est à peu près perdu. 

Chacun maintenant file droit vers le but, 
sans venir prendre rang derrière les mails, 
alignés sur le Cours ou devant le Cercle de 
la rue Royale. On se comptait alors. Les 
équipages revernis et les livrées remises à 
neuf présentaient un coup d'œil agréable. 

Un assaut de toilettes féminines réjouis- 
sait les yeux des sportsmen. Puis, fouette, 
cocher! En route pour la Croix !... 

Sur le chemin, ce flot d'élégance rencon- 
trait 6 ou 7000 personnes entassées dans 
des breacks et des chars à bancs. Plus de 
5oo voitures suivaient à la file; ici, de 
vieilles cahotantes; là, d'antiques guimbar- 



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PARIS QUI ROULE. 223 

des, traînées par des carcans n'ayant guère 
que les os et la peau. 

Toute cette affluence forme un brouhaha 
ininterrompu, produit un roulement étour- 
dissant jusqu'à la porte d'Orléans. Les che- 
vaux y arrivent au pas, puis ils reprennent 
leur allure rapide sur la grande voie mal 
pavée. Ce sont des soubresauts et des secous- 
ses à n'en plus finir! Des petits cris d'épou- 
vante s'échappent, et des nuages de pous- 
sière s'élèvent en tourbillons. Les cochers 
lancent dans cette mêlée leurs rossinantes 
au galop. C'est comme une course avant la 
lettre. La course des chars ! Mais ça manque 
de romains. 

L'avalanche roule, passe, déverse sans 
verser, en roulant toujours. Les voitures 
glissent, volent, disparaissent en rasant la 
terre. Plus on approche du but et plus la 
vitesse augmente. 

Les fiacres atteignent même une allure 
vertigineuse. 



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2Î4 PARIS QUI ROULE. 

Puis, au milieu de cette confusion, on 
distingue un pan de robe, un bout de 
jupon, un pantalon rouge. L'œil perçoit 
ce fouillis et toutes les couleurs se mêlent 
rapides. Un rayon de soleil passe comme 
une flèche sur le vernis de quelques harnais 
ou reste accroché à quelques cuivres de la 
bouderie. Un reflet brillant enveloppe la 
robe luisante des bêtes de prix. Tout s'ef- 
face ensuite, pour s'engouffrer sur la piste et 
se répandre au milieu du champ de courses. 

Alors arrivent péniblement, cahin-caha, 
trébuchant et oscillant les omnibus où les 
places sont à bas prix. Des palefreniers les 
conduisent. On voit défiler de vieux fiacres 
à galeries, rôdeurs de nuit et de barrière, 
des carrioles à la remorque d'ânes épuisés 
de fatigues, portant bas Toreille. 

On voit circuler, au milieu de ce flot 
torrentiel, des voitures chargées de gros 
moellons de pierres ou de monceaux de 
fumiers que mènent lentement de forts 



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PARIS QUI ROULE. 223 

chevaux de trait, dont les pas pesants ont 
de sourds retentissements, coupés par les : 
« Hue! ha! Dio! » des charretiers ivres. 

Toute cette fourmilière se noie dans des 
rasades de Champagne, tandis que les cou- 
reurs de ce crosS'Country roulent dans la 
poussière à plus d'un obstacle naturel. 

Le bruit s^apaise, les langues s'aiguisent 
au milieu de cette réunion champêtre. 

Les femmes deviennent plus jolies, les 
hommes plus fringants dans ce cadre si pit- 
toresque. 

Et le retour s'opère à fond de train jus- 
qu'à la Concorde. 

Là, les clans se divisent. 

Le tout-Berny se sépare. On va dîner. 

On soupera ensuite et Ton roulera encore 
sa bosse. 



i3. 



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LA MARCHE 



Chaque année, au mois de mai, c'est la 




coutume. Les mail-coaches, qui doivent se 
rendre à la Marche, fixent leur lieu de 
réunion derrière le Palais de l'Industrie 
ou sur la place de la Concorde. Ils y arri- 
vent vers une heure. De joyeux éclats de 



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2i8 PARIS QUI ROULE. 

trompettes réveillent les échos. Ce long ins- 
trument en cuivre semble être la trompette 
de quelque Renommée moderne. 

Voici le premier mail qui débouche des 
Champs-Elysées. On reconnaît tout de suite 
les divers mails^ les mailes, répètent les per- 
sonnes mal informées, et mieux les coches, 
disent les véritables gens de spôort. 

Le premier est le mail de M. de la Haye- 
Jousselin, berline vert foncé, au train rouge, 
attelage très élégant et d'une parfaite cor- 
rection. 

Le deuxième est le grand mail, à train 
bas, caisse noire et roues bleu foncé, du 
prince Troubetskoï, qui conduit ses chevaux 
en damier. 

Le troisième est la berline jaune, à train 
rouge, du marquis de Monteynard. Les 
chevaux sont bien appareillés et marchent 
haut. 

Le quatrième, du comte Serge de Morny, 
est brun. Le train est également rouge. Les 



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PARIS QUI ROULE. 229 

quatre chevaux sont superbes; livrée très 
correcte. 

Voilà une berline noire et vert-olive, 
au train rouge, à M. O. Gallice, qui mène 
avec autant de sûreté que d'audace ; une 
autre jaune aux roues bleues, appartenant 
au vicomte de Gironde; ici un attelage, 
caisse bleu foncé et train jaune-paille, au 
général comte Priant ; puis une caisse 
jaune, train rouge, à M. de Beauregard ; une 
admirable berline jaune, roues bleues, au 
comte Potocki et un grand mail bleu à la 
duchesse d'Uzès; une belle caisse noire, 
train pareil, au comte A. de Carcaradec. 
Remarquons encore les coachs : noirs, à 
train orange, du comte de Maulde, bleu, à 
train rouge, du prince Murât, du marquis 
du Bourg ainsi que du comte Gudin; ceux 
du comte d'Arlincourt ou de M. Puissant 
d'Agimont, varient seulement par la cou- 
leur du train. Citons enfin, au hasard, les 
caisses bleues, rouges, jaunes, olivâtres de 



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a3o PARIS QUI ROULE. 

M. L. Lambert, du comte Gramont d'Aster, 
du comte Maurice d'Amilly, de MM. Pig- 
natel, Schneider et Bischoffsheim. 

Toutes ces somptueuses voitures sont 
chargées de gens qui ont pris place sur les 
banquettes. On rit, on s'amuse, on hèle les 
amis au passage. Un gai flafla retentit, et la 
file des voitures se déroule. De-ci et de-là, les 
toilettes claires des femmes jettent une note 
gaie. On dirait un parterre de jolies fleurs 
au milieu des habits sombres. Tous ces mails 
prennent la direction de la belle route de Su- 
resnes, à travers le Bois, serpentent autour 
du Mont-Valérien pour arriver ensuite à la 
Marche par des prairies verdoyantes. 

Le mail'Coach est un type, pour ainsi dire, 
national en Angleterre. 

Il a été importé chez nous en 1867, et ce 
n'est qu'à partir de cette époque qu'il est 
devenu le complément obligé d'une grande 
existence sportive. On l'appelle aussi /o«r 



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PARIS QUI ROULE. 233 

tu hands, quatre dans la main. C'est en 
effet la vie à grandes guides. 

On sait comment il est construit... Il a la 
forme d'une berline et il est muni de deux 
coffres place's à Tavant et à Tarrière; sur 
rimpériale est un troisième coffre, de forme 
pyramidale, appelé « lunch ». Quatre 
sièges : deux sur le lunch, un sur chaque 
coffre, celui de Tarrière s'appelle siège des 
domestiques, bien que les domestiques doi- 
vent être logés à l'intérieur de la berline. 

Le siège de devant est destiné au cocher 
avec quelques places à côté pour les invités. 
Dans un mail bien aménagé, il y a des plan- 
chettes qui se déplacent sur le lunch et le 
siège de devant, en forme de table, sur les- 
quelles on peut manger ou se tenir de- 
bout. 

Dehors il y a les palonniers de rechange; 
il y a le panier de parapluie, des freins et 
sabots. L'intérieur de la berline doit être 
simple et sans capitonnage, tendu d'étoffe 



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234 PARIS QUI ROULE. 

sombre et unie, de préférence en peau de 
truie I 

Au moyen de petites échelles qui se dé- 
ploient et de marchepieds qui se déroulent, 
on monte dans Tintérieur et Ton atteint les 
places supérieures. 

Un confortable sévère et sans luxe est 
nécessaire dans ces voitures; mais ce qui 
importe le plus, c'est Taménagement des 
glacières et l'abondance de la cantine. 

Règle générale : il ne faut pas des timo- 
niers trop éloignés du siège, attelés avec des 
traits trop longs. En outre, si les chevaux 

du timon doivent être attelés court, ils 

« 

doivent être plus grands que les chevaux de 
volée. Quant aux robes des chevaux, elles 
peuvent varier si on les dispose en damiers, 
mais il est préférable de les rechercher 
pareilles. 



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LE GRAND PRIX 



Dès le matin, la foule descend des hau- 
teurs de la place de l'Étoile et se dirige, en 
suivant l'avenue du Bois, vers la pelouse 
de Longchamps, avec des victuailles au bras, 
des bouteilles dans les poches, des pains sur 
la tête. 

Les uns traînent leurs marmots par la 
main ou les roulent dans une petite voiture. 
On s'installe sous les arbres; on étale les 
vivres sur Therbe et les journaux servent de 
nappe ou de serviette. Puis une courte sieste 
succède à ce repas en plein air, jusqu'à 
l'heure où le roulement des voitures réveille 
les endormis. 



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a38 PARIS QUI ROULE. 

Oh ! ce flot de voitures semble un torrent 
qui bouillonne dans une poussière aveu- 
glante ! Fiacres, landaus, mails, chars à 
bancs, tapissières, victorias, phaétons pas- 
sent rapidement, emporte's vers le même 
but, sur le turf, où maintes femmes ga- 
lantes égrènent mille sujets de conversation, 
comme celles-ci recueillies au vol, pendant 
les courses : 

— Tiens, voilà Criquette... 

— Cette pauvre fille ! L'as-tu vue ? 

— Quelle dèche elle bat, hein ! N'a plus 
de voiture... 

— C'est Amanda qui lui a prêté cinq louis. 

— A-t-on une idée d'une pareille dé- 
bine ! 

— Elle est pourtant encore Jolie ?... 

— Bast ! elle reviendra à flot. 

— Si les fonds sont en baisse, ils remonte- 
ront. 

— C'est égal ! le petit Alcibiade qui voulait 
lui payer un hôtel s'en est allé dans ses 



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PARIS QUI ROULE. a3g 

terres, pour se mettre au vert... Tu ne le 
savais pas ? 

— Mais, ma chère, il a attrapé une culotte 
au cercle et il est parti ! 

— Au bout du fossé la culbute !... 

— Tiens, mais non, le voilà sur un grand 
dog'Cart, flambant neuf? Valet de pied, ar- 
moiries. Tout y est. Il règne maintenant. 
On dirait un boyard... 

Les cochers ne sont pas moins grotesques 
avec leurs livrées invraisemblables, trop 
larges, trop longues, couvertes de graisse, 
et leurs figures joufflues de garçons d'esta- 
minet. Les jeunes gommeux n'en sont pas 
moins ridicules avec leur prétention de 
parler courses, chevaux, sport, et de parier 
pour Y outsider ou le favori, contre le champ 
ou contre Técurie... 

Deux heures, — Viennent les retardataires 
dans des voitures -réclames ou des véhi- 
cules sans nom, — bourgeois naïfs entas- 



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a40 PARIS QUI ROULE. 

ses pêle-mêle. Les cochers qui les mènent 
sont aussi mal. Relation directe. Cette har- 
monie existe même entre le cheval et le co- 
cher. On dirait que quelque loi d'ordre na- 
turel préside à ces assemblages. 

Cinq heures. — Le prix de looooo francs 
est gagné. Cest Theure du reflux. Dix mille 
personnes et cinq mille voitures refranchis- 
sent la grille du Bois. Il y a foule dans les 
allées, sur Tavenue, pour voir ce retour. A 
Madrid, à la Cascade, au Pavillon Chinois, 
il n'y a pas une place à prendre. 

Le flot des voitures se déroule sur six 
rangs, pressés, compacts. 

Ce défilé a lieu au pas. Les curieux ont 
force occasion d'admirer la toilette des 
femmes. Parmi celles-ci, la plus grande va- 
riété s'épanouit dans des toilettes invrai- 
semblables. Toutes les catégories se suc- 
cèdent. 



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PARIS QUI ROULE. 241 

La vraie, la grande dame, a des toilettes 
sobres sans falbalas extraordinaires; elle 
s'efface à moitié et sa discrétion trahit son 
origine. 

La femme de second ordre se montre plus 
complaisamment. Elle se fait surtout remar- 
quer par la richesse de ses toilettes et le 
luxe de son équipage. Tout est neuf! Elle 
trône au milieu de cette munificence. 

La femme vulgaire s'affiche. Toilette es- 
broufante, livrée tapageuse. Elle recherche 
de préférence les nuances criardes, les cou- 
leurs voyantes. Des diamants brillent à ses 
oreilles. Elle s'allonge et se rengorge, mon- 
trant ses splendeurs éblouissantes et quel- 
quefois... sa beauté plantureuse. 

La cocotte n'est jamais seule. Elle a tou- 
jours une ou un ami. Un kings-charles est 
pelotonné en boule à ses pieds ; deux soli- 
taires pendent à ses oreilles. Les pierres ne 
sont pas souvent d'une très belle eau. On 
dit qu'elles ont des crapauds. QuMmporte ! 



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342 PARIS QUI ROULE. 

L'effet est le même. Cheveux ébouriffés, 
coififure extravagante, manches courtes, teint 
blafard, joues plâtrées, yeux noircis, lèvres 
carminées... Ce n'est pas un visage de 
femme, c'est une palette de peinture. 

Maintenant nous arrivons au menu fretin. 
Après les voitures de remise, voilà les voi- 
tures numérotées : la Victoria ou le coupé. 
Des demoiselles de magasin ou des femmes 
de chambre se prélassent au fond de ces 
véhicules. En trois coups de ciseaux. Tune 
s'est taillé une robe cousue de fil blanc; 
Tautre a tout simplement emprunté sa toi- 
lette à la garde-robe de madame. Des gar- 
çons de rayon ou des commis en nouveauté 
les accompagnent et leur servent de cava- 
liers servants. Dans une autre voiture de 
place, on pourrait reconnaître un chef de 
cuisine ou le cocher de la maison qui a pré- 
texté devant ses maîtres : que ses chevaux 
boitaient et ne pouvaient pas sortir, pour 
aller faire une partie à quatre. 



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PARIS QUI ROULE. 243 

Enfin, pour clôturer le tout, on voit sur- 
gir une voiture de boulanger transformée 
en américaine. Le couvercle a été démonte'; 
on a posé des banquettes, sur lesquelles est 
assise la patronne au milieu de ses mitrons. 
La porteuse de pains conduit le char. 

Puis, au milieu de toute cette cohue, on 
distingue un tas d'hommes à monocle ou à 
lorgnon, des jeunes gens à la mode avec les 
jumelles en bandoulière sur le thorax, ou 
des personnages au ventre proéminent, à 
la figure colorée ou parcheminée, gonflée 
comme un ballon d'enfant. 

Ici des chapeaux de feutre mou, là des 
chapeaux de soie à haute forme, partout 
des boutonnières fleuries, ornées de ro- 
settes, avec des cartes multicolores : de pe- 
sage, de tribunes, qui voltigent au vent. 

Cohue indescriptible, où le banquerou- 
tier coudoie Thonnête bourgeois, où le finan- 
cier véreux frôle le millionnaire. Purée de 
bcsoigneux et de richards. On voit aussi dé- 



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244 PARIS QUI ROULE. 

filer des pères squelettes, des mères colos- 
ses, des jeunes filles sèches et maigres, des 
jeunes gens gros et gras, des bébés à la ma- 
melle ou des collégiens le cigare à la bouche. 
On distingue, dans la foule, de jeunes mé- 
nages provinciaux qui sont venus exhiber 
des toilettes claires et des costumes beurre 
frais. Ni le mari ni la femme n'aiment les 
courses; ils n'y connaissent rien d'ailleurs. 
Ils y viennent par genre. Après avoir pié- 
tiné toute la journée sur le turf, avalé beau- 
coup de poussière et fondu au soleil, ils 
iront le soir dans un restaurant à la mode. 
Bousculés et mal servis, ils se lèveront avant 
d'avoir fini, pour se rendre dans une loge au 
théâtre, où ils dormiront une partie de la soi- 
rée. Ils souperont pour réparer le dîner mal 
terminé, rentreront harassés à Thôtel, se 
lèveront tard le lendemain, manqueront le 
train et enverront une dépêche aux grands- 
parents, avec prière de ne pas s'inquiéter. 
Rentrés dans leur bonne ville, ils raconte- 



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PARIS QUI ROULE. 24^ 

ront avec emphase qu'ils n'avaient jamais 
pris autant de plaisir durant leur vie. 

Les pannes s'en iront dîner au « Bouillon 
Duval », rue Montesquieu, et finiront leur 
soirée à TÉden ou dans un café chantant des 
Champs-Elysées. 

Et la multitude s'écoule par toutes les 
issues du Bois, le flot des voitures remonte 
Tavenue, la foule des promeneurs se dissipe 
comme un nuage. Des bribes flottent. Plus 
rien, Tavenue devient déserte, la nuit jette 
son voile et des guirlandes de gaz flam- 
boient. Des cris retentissent. Plus rien... 
La nature entière se plonge dans le som- 
meil... Et cependant tout roule dans TUni- 
vers. Les astres gravitent autour du globe 
et la pièce de cent sous roule dans Paris. 

Ville auguste, cerveau du monde, orgueil de rhomme, 

Ruche immortelle des esprits, 
Phare allumé dans Tombre où sont Athène et Rome, 

Astre des nations, Paris ! 

Leconte de Lisle. 



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Tout roule dans Paris. Nous voyons, en 
image, la Fortune aveugle roulant sur un 
monocycle ailé, et nous croyons apercevoir 
dans la foule des gens en bicycles, en tri- 
cycles, qui courent derrière elle pour l'at- 
traper. L'origine de tous ces cycles, avec 
leurs barres d'acier poli, remonte aux pre- 
miers vélocipèdes de 1818, que Charles 
Monselet mit en vers fantaisistes : 



Instrument raide 
En fer battu, 
Qui dépossède 
Le char tortu ; 



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24» PARIS QUI ROULE. 

Vélocipède, 
Rail impromptu. 
Fils d'Archimède, 
D*où nous viens -tu? 

Devant le tombeau de TEmpereur, passe 
lentement, mue par un truc, une petite voi- 




ture... Saluons! car elle porte la Gloire, 
c'est la voiture de Tlnvalide. 

Plus haut, du côté de Montmartre, nous 
trouvons un cul-de-jatte qui attend paisi- 
blement son tour sur le trottoir, pour 



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PARIS QUI ROULE. 



249 



prendre place dans romnibus jaune de 
Batîgnolles-Odéon. Voilà le volumineux 
véhicule qui dévale par l'avenue de Cli- 
chy, au trot cadencé de ses solides limou- 
sins, tandis que l'infirme se traîne à sa 



iTTnfT V 



rencontre, avec Taide dé ses deux bat- 
toirs. Tous deux s'arrêtent, le remous se 
produisant à l'arrière comme dans le sil- 
lage d'un vaisseau, tandis que les trois forts 
chevaux suant, haletant, s'ébrouant, dispa- 
raissent dans un bain de vapeur, qui monte 
en nuage d'encens au nez du cocher. 
— Deux places en bas et deux en Vair, 



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25o PARIS QUI ROULE. 

déclare le receveur en ajustant ses manches 
de lustrine. 

Et Je cul-de-jatte s'avance au milieu du 
groupe, sort des jambes de la foule impa- 
tiente, pour se hisser sur la plate-forme. 

— Complet par- 
tout, s'écrie le re- 
ceveur, en tirant 
le cordon du char, 
qui dégringole à 
tour de roues sur 
la pente de Notre- 
Dame de Lorette, 
croisant les fiacres 
délabrés, avec leurs haridelles épuisées, 
ainsi que les omnibus de pensionnat pour 
garçons et demoiselles. 

Une corne aiguë se fait entendre. A cet 
appel de cuivre, un jeune écolier, sac au 
dos, se montre dans Tembrasure d'une 
porte cochère et sa silhouette disparaît 
bientôt confondue au milieu des potaches 




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PARIS QUI ROULE. 35i 

réunis. Soudain la portière claque et la 
charretée de gosses s'ébranle parmi les mille 
cris discordants de la rue : rétameurs de 
casseroles, raccommodeurs de porcelaine ou 




rempailleurs de chaises. Deux camarades 
causent ensemble; l'un d'eux dit : 

— Sapristi, par ce froid, je ne voudrais 
pas être cheval. Après tout, ajoute-t-il, je le 
serai peut-être un jour, si Ton doit croire à 
la métempsycose. 

Le plus jeune, ignorant le sens précis de 
ce mot et le confondant avec un autre, se 



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aba PARIS QUI ROULE. 

penche alors vers le surveillant et lui pose 
cette question : 

— Qu'était donc Ovide... puisqu^on parle 
toujours des métamorphoses d'Ovide? 

De nombreux tramways poussent, d'une 
conque invisible, de sourds grognements, 
pour faire ranger : les larges camions char- 
gés de caisses qui s'ébranlent lourdement, 
les longs haquets sur lesquels s'échafau- 
dent d'énormes ballots en équilibre, les 
pesants fardiers où s'entassent des blocs de 
pierres s'élevant en pyramide fragile, sous 
forme de cubes colossaux qui semblent les 
dés à jouer de quelque géant fabuleux... 
Ces nombreux tramways, dis-je, sillonnent 
les rues en tous sens avec des craquements 
de bois , des grincements de fer qui , 
rampant sur le sol et se répandant dans 
l'air, amalgamés pêle-mêle ensemble, se 
confondent dans un roulement perpétuel 
pour grossir la voix de la Sirène parisienne. 



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PARIS QUI ROULE. 253 

Tout ce filet de rails, jeté àla surface de Pa- 
ris, recouvre une étendue de 200 kilomètres 
environ, sur lesquels roulent, en sonnant du 
cornet à bouquin comme au milieu d'une 
meute afifolée qui s'agite, les tramways du 
Louvre, de la Muette, de la Madeleine... 

Plusieurs tramways électriques ont été 
récemment inaugurés, pour desservir ce 
dernier point et la banlieue de Courbevoie. 
Ils glissent doucement sur le rail métalli- 
que, sans le piétinement rythmé et fatigant 
du sabot des chevaux sur le pavé. 

Ils laissent loin derrière eux, par leur 
progrès, le? premiers tramways établis, en 
1853, de la Concorde à Passy. Plus de vingt 
ans après, le 12 avril 1876, fonctionnèrent 
les tramways de rÉtoile-Montparnasse qui 
correspondaient, le g août de la même 
année, avec ceux de la Bastille. 

D'après une statistique* faite en 1886, 

I . Les Merveilles de la locomotion, par Deharmk. 

i5 



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234 PARIS QUI ROULE. 

iJ est reconnu que les tramways de la com- 
pagnie des Omnibus ont franchi en mo- 
yenne : 90 kilomètres par jour, et trans- 
porté : 75278068 voyageurs, soit 200761 
par jour, 789 par voiture, 53 par course. 

La compagnie géne'rale des Omnibus 
en a voiture, pendant la même année : 
191 517763, et la compagnie des Tram- 
ways Nord et Sud 49 639 1 3 1 . 



Le mouvement annuel des voyageurs 
dans les grandes gares de Paris a été aussi 
considérable. Que l'on compare Taffluence 
actuelle avec l'opposition systématique des 
débuts! La création des chemins de fer en 
France s'étendit de i835 à i85o. M. Thiers 
lui-même ne voulut pas croire à leur succès. 
La première voie relia Paris avec Saint- 
Germain, qui compte aujourd'hui cin- 
quante trains montants et descendants. Le 
nombre des voyageurs, moitié partants et 



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PARIS QUI ROULE. 267 

moitié arrivants, fut de 62 millions pen- 
dant Tannée 1886; pour la ligne de Ceinture 
seulement, il a été de : 3i 14975 1. 

Les trains quittant Saint-Lazare et s'ar- 




rêtant à Auteuil, pendant la période estivale 
de 1889 (depuis cinq heures du matin 
jusqu'à plus de minuit), sont à peu près 
de 200 par Jour, aller et retour compris. 
La moitié de ce chiffre environ se rend au 



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258 PARIS QUI ROULE. 

Champ-dc-Mars, sans préjudice des trains 
supplémentaires organisés les dimanches 
et fêtes, indépendamment des 75 trains qui 
se forment à Courcelles ou à Auteuil, ainsi 
que des 90 trains qui se créent : d'une part 
à Belleville et de l'autre à Ménilmontant 
pour le Champ-de-Mars; ce qui, par jour, 
représente plus de 36o trains longeant nos 
fortifications (1840) sur un périmètre de 
3i kilomètres qui avait, sous Louis XVI, 
28 kilomètres de circuit. 

L'enceinte actuelle, dont on peut faire le 
tour complet en moins de deux heures, 
comprend 26 stations qui mettent en com- 
munication différents points. 

Désignons notamment la Porte-Maillot 
se reliant avec le Jardin d'Acclimatation 
par deux tramways- miniatures qui, au 
nombre de 64, sur un trajet de 1800 mètres, 
peuvent transporter huit voyageurs toutes 
les trois minutes. 

A la gare du Trocadéro, on trouve les 



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PARIS QUI ROULE. 2Sg 

tramways « à vapeur concentrée » qui. en 
parcourant Favenue Henri-Martin, réunis- 
sent la Ceinture avec l'Exposition univer- 
selle. 



Tout le monde en voiture. 
Pour Auteuil et Ceinture !... 



Les trains directs, quittant la gare Saint- 
Lazare, bifurquent à Grenelle pour aller 
jusqu'à l'Exposition, où les voyageurs, 
partis des points les plus éloignés du ré- 
seau de l'Ouest, peuvent débarquer sans 
changer de wagon. 

Toujours amusantes ces gares avec leur 
aspect grouillant de monde bariolé... Sou- 
vent intéressantes à considérer les réclames 
illustrées que des esprits espiègles transfor- 
ment, avec un crayon, en caricatures fan- 
taisistes. Parfois instructifs les annonces 
des magasins ou les avis de la compagnie : 
« A dater de l'ouverture de la ligne de Pu- 
teaux au Champ-de-Mars, dit un placard 



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26o PARTS QUr ROULE. 

apposé dans une salle d'attente, et pendant 
la durée de l'Exposition, la gare de Gre- 
nelle sera fermée à Vexpédition et à la 
réception des gadoues,.. Ce service sera 
reporté provisoirement à la gare des Mouli- 
neaux-Billancourt, avec application des ta- 
rifs de Grenelle, » 

Et le touriste s'en va rêveur à travers 
r Exposition, frôlant des gens qui se heur- 
tent et le bousculent, coudoyé par un public 
hétérogène où l'élément féminin domine. 

Les jambes lasses, le corps brisé, il s'as- 
sied dans une de ces chaises cannées, aux 
roues enveloppées d'une bande de caout- 
chouc, vulgairement appelées pousse-pousse, 
que dirige un homme parmi les méandres 
inextricables des galeries, au bruit assourdis- 
sant des mille machines roulant à la fois. 

Et les oreilles abasourdies par ce ronfle- 
ment continu, il retrouve sur les berges de 
la Seine un petit chemin de fer « système 



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PARIS QUI ROULE. 261 

Decauville » traîné, dans la direction que 
suit le fleuve, par une locomotive qui stoppe 
à Textrémité de Tesplanade des Invalides. 

On se bouscule, on se précipite à la sortie. 
Au coin du quai d'Orsay, vous rencontrez 




une quantité innombrable de véhicules pris 
d'assaut par la foule : immenses breacks 
de courses à postillons en livrée bleue, in- 
terminables voitures d'agences anglaises qui 
font visiter la capitale aux étrangers, tapis- 
sières démodées dont les conducteurs hèlent 
les passants d'une voix éraillée, pataches 
invraisemblables qui ramènent les prome- 

i5. 



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262 PARIS QUI ROULE. 

neurs dans le centre de Paris, pour la modi- 
que somme de cinquante centimes... au mi- 
lieu du cri des femmes, du beuglement des 
hommes, du hennissement des cavales. Va- 
carme étourdissant, où se mêlent la corne 
des tramways, le timbre des omnibus, la clo- 
che des bateaux, le sifflet des vapeurs, le 
tintement joyeux des grelots qui sonnent un 
frais carillon dans ce concert diabolique. 

Pour peu qu'il pleuve, vous avez à re- 
douter une légion de parapluies, dont les ba- 
leines pointues vous menacent les yeux, tan- 
dis que vos pieds pataugent dans un océan de 
boue. Les carrosses bourrés de gens, mais 
non rembourrés de crins, s'éloignent mal 
suspendus sur leurs essieux, pendant que la 
houle ondule sous ses riflards inondés d'eau. 

Sourd à toute proposition, le cocher de 
fiacre passe indifférent. Il ne veut point ré- 
pondre à votre appel désespéré, ou il le fait 
avec un air solennel, en se penchant pour 
vous dire d'un ton grave : 



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PARIS QUI ROULE. 263 

— J'peux pas! mon cheval est déferré... 

Stratagème employé pour dépister le pa- 
tron, spoliateur éhonté,quiose élever le prix 
du forfait; par ce moyen, il veut l'obliger à 
baisser son tarif en lui prouvant qu'il ne 
peut pas gagner sa matérielle. 



Autrefois les cochers opéraient en con- 
science, c'est-à-dire qu'ils donnaient vers le 
soir tout ce qu'ils avaient gagne' dans la 
journée, en basant approximativement leur 
recette sur le temps écoulé. 

Mais on imagina plus tard, en 18G6, d'al- 
louer aux cochers un salaire fixe, en adop- 
tant la feuille sur laquelle chacun d'eux 
consignerait son gain, vérifié par un agent. 

Les contrôleurs firent naître quelques 
abus. Une grève des cochers éclata en 1867. 
Et les patrons, pour concilier les intérêts, 
établirent deux modes de travail : k forfait 
ou à la moyenne. 



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204 PARIS QUI ROULE. 

Parmi les grandes compagnies, il faut 
citer : les Coopératives, qui, comme l'indi- 
que leur nom, prélèvent chaque année la 
somme nécessaire à leur exploitation, consti- 
tuent un fonds de réserve et partagent le 
capital disponible entre les participants. 

Mais les principales sociétés : la Compa- 
gnie Générale, V Urbaine, les Camille, les 
Paul procèdent autrement, de trois fa- 
çons : à la feuille, à la petite et à la grande 
moyenne. 

Les cochers, de la première manière, re- 
mettent tous les matins à leur compagnie 
une feuille portant le détail de la veille, con- 
trôlé par un employé. Ils ne versent que le 
résultat de la journée, moins quatre francs 
pour leur nourriture et leur pourboire. 

Nul cocher n'est soumis à une vérification 
de comptes pour la petite moyenne. Mais il 
est contraint d'accepter le tarif, fixé suivant 
la moyenne des feuilles, et affiché chaque 
matin dans les dépôts. Il garde également 



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PARIS QUI ROULE. 265 

les pourboires ainsi que les quatre francs. 
Enfin la grande moyenne ne diffère de 
celle-ci que par un supplément de i fr. 5o 
payés par le cocher. Moyennant cette aug- 
mentation, il a droit à trois chevaux de re- 
lais, qui lui permettent de brûler les étapes. 

Un cocher reçoit par jour, en général, 
3 fr. 25 de pourboire, qui fondent dans sa 
main en menues dépenses à sa charge, 
pour : les laveurs de voitures au dépôt, les 
palefreniers de relai dans Paris, les garçons 
de place aux stations, ainsi que pour leurs 
assurances contre les accidents. Tachât d'un 
fouet et l'usure de la mèche, les frais de 
contravention... 

En sorte que si les loueurs ont voulu 
majorer le forfait, en l'élevant à 24 francs 
pour la durée de l'Exposition, les cochers 
ont crié que non seulement ils étaient 
écorchés vifs, mais dépouillés de leurs ga- 
lettes, selon un terme d'argot. Car la 



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266 PARIS QUI ROULE. 

moyenne, pendant la première quinzaine de 
mai 1 878, a été de 2 1 fr. i o, et celle constatée 
durant la même période de 1889 a été de 
20 fr. 35. D'où il résulte que, pour se rattra- 
per, le cocher est obligé d'exercer son 
odieuse tyrannie contre le bourgeois, tou- 
jours exploité, en exigeant des pourboires 
insolites. 

D'autre part, les compagnies viennent 
vous déclarer : — Sans doute, ces chiffres 
pouvaient être exacts à l'ouverture de l'Ex- 
position, mais dans le courant des fêtes ils 
ne le sont plus et le cocher encaisse des 
sommes plus importantes. Pourquoi donc 
m'empêcher de le taxer davantage puisqu'il 
réalise lui-même des bénéfices très supé- 
rieurs? Mon matériel ne va-t-il pas subir 
une dépréciation énorme pour répondre à 
un besoin exceptionnel ? Ne serai-je point 
obligé de le remplacer plus tôt? Les frais de 
chaque voiture montent à 10, 12 et même 
i3 francs par jour. N'avons-nous pas à faire 



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PARIS QUI ROULE. 267 

face à ces dépenses et à voir figurer dans la 
balance des comptes de fin d^année les longs 
mois d'hiver où nous ne gagnons presque 
rien? Etc., etc. 

Le public, on le voit, se trouve pris entre 
le marteau et l'enclume; d'un côté, le loueur 
qui pressure Tautomédon, lequel, à son 
tour, s'acharne sur le client qu'il accable 
d'invectives sMl ne lui a pas fait rendre 
gorge. 

A droite, à gauche, on cherche alors des 
moyens de conciliation, des voies d'apai- 
sement. Chacun se plaît à découvrir des 
moyens ingénieux. Les uns proposent de 
revenir au wa«cAeà^fg*o/ pour indiquer que 
la voiture est libre, les autres de rendre uni- 
forme le prix de la course et de l'heure, en 
le calculant au quart d'heure; d'aucuns veu- 
lent le fixer, comme en Angleterre, suivant 
la distance parcourue. On fait riiême appel 
au génie des savants, en les priant d'inven- 
ter un compteur horaire à bon marché. 



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268 PARIS QUI ROULE. 



Néanmoins il faut être juste et reconnaître 
que le métier de cocher est dur. Le sort d'un 
cocher d'omnibus est plus enviable, non 
parce qu'il occupe une situation 
^È plus élevée sur son siège empa- 
^^ quêté de couvertures, mais parce 
^K qu'il a milletracasseries de moins 
^^\ à subir avec les clients grin- 
J ^ cheux ou les agents impitoyables. 
En outre, celui-ci repose q uelques 
heures durant le temps consacré au som- 
meil, tandis que le cocher de fiacre ne dort 
jamais. Il va toujours, comme le Juif errant, 
sous la pluie ou le soleil, par le froid ou par 
la chaleur. 

Aussi voyez sa peau tannée ou boursou- 
flée en été, son visage bleui et ses mains 
gercées par Thiver ! 



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PARIS QUI ROULE. 269 

Des fiacres jaunes, verts, noirs, s'alignent 
en bordure comme les grains de quelque 
chapelet fantastique déroulé le long du 
trottoir. Il va s*égrener tout à Theure 
sous la main de quelque profane 
outrecuidant, qui réveillera 
en sursaut Thomme en- 
dormi dans son 
rêve. Que 
peut faire 
un cocher 
sur son siège si 
ce n'est de rêver ? 

Osseux et maigre, 
son carcan^ jambes 
raides et cou tendu, 
plonge sa tête dans un 
ruisseau, qui s'échappe 
à gros bouillons clairs, 
par Torifice d'un robinet, et coule en 
charriant mille ordures renfloue'es sur son 
passage. 




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270 PARIS QUI ROULE. 

Ce jet limpide^ noyant dans son cristal 
tous ces débris agglutinés, délaie le noir 
cirage de sabots poussiéreux ou la couche 
de vase adhérant aux roues; il se change 
en un torrent boueux qui continue son 
cours jaune et sale... 

En effet, tout à coup, il se rompt une 
maille de cette chaîne, dont les anneaux ne 
vont pas tarder à se ressouder. 

— Cocher! s'écrie un malin, qui saute en 
voiture dans le quartier Monceau et récla- 
me au cocher un bulletin numéroté : A la 
gare d'Orléans... doucement, je vous prie, 
et pas de cahot, car je suis malade... Le co- 
cher fait la grimace... — Ah! j'oubliais de 
vous prévenir, fait-il en se ravisant plus tard, 
que je ne donne jamais de pourboire. — 
Le cocher se retourne furieux ; mais comme 
notre homme ne sourcille pas, il exhale sa 
bile sur sa bête qu'il fouaille à tour de bras. 
Notre homme ne bronche pas davantage. II 
atteint ainsi le but indiqué, plus vitç que 



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PARIS QUI ROULE. 271 

d'ordinaire. Se départant alors du flegme 
qu'il avait gardé, il descend et remet le prix 
de la course au cocher en lui disajit, avec 
un grand éclat de rire : 
— Ça ne rate jamais ! . . . 

Aussitôt creusé, le vide de la station a été 
effectivement comblé; car mues comme par 
un ressort, les bêtes au repos ont reformé 
la file, d'un mouvement automatique; elles 
reprennent leurs postures alanguies et som- 
nolentes de victimes vouées aux sacrifices 
barbares des humains. 

Oui, à quoi peuvent bien songer leurs 
maîtres !... affectant des poses diverses, 
énigmatiques comme des sphinx, accroupis 
sur leur édifice roulant ! 

Leur trogne, émaciée et anguleuse ou 
bouffie et vermillonnée, apparaît dans l'en- 
cadrement d'une barbe inculte, qui déborde 
sur un gilet cramoi si, tacheté de graisse, s'éta- 



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272 PARIS QUI ROULE. 

lant lui-même sur un abdomen proéminent. 

Le nez bourgeonné s'épanouit au milieu 
d'un visage rubicond, coiffé d'un noir cha- 
peau en cuir, brillant comme du jais, ou d'un 
haut de forme qu'on jurerait un flacon de 
porcelaine blanche, alignée comme les petits 
bocaux d'une pharmacie. Sous des rayons 
caniculaires, trop cuisants, vous verrez ce 
chevalier du fouet déposer son couvre-chef 
sur la lanterne de sa voiture et arborer un 
bombayos en paille de vrai propriétaire. 

Tantôt leur vaste corpulence, enserrée 
dans un habit brun trop étroit, tantôt leur 
torse étique, enfermé dans une livrée bleue 
trop ample, s'arrondit ou s'étire. Leurs jam- 
bes, emprisonnées dans des pantalons, cou- 
leur mastic ou chocolat, s'allongent comme 
deux flûtes enveloppées de leur gaine, avec 
chaque extrémité chaussée, en hiver : de 
chaudes galoches, pour empêcher les en- 
gelures causées par le froid, en été: de larges 
pantoufles, pour éviter les cors aux pieds. 



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PARIS QUI ROULE. 2-ji 

Certes, à quoi peut être bon un cocher au 
repos, si ce n'est à tresser la mèche de son 
fouet ou à faire boire Bichette? On le voit 
fourbir, astiquer, épousseter, il est vrai. 
Mais les passions troublantes du cerveau 
s'agitent-elles dans son crâne congestionné? 
S'échauffent-elles sous son chapeau ciré, 
vernissé, craquelé, bosselé, comme elles 
tourbillonnent chez le commun des mortels? 

Pense-t-il à la femme élégante qui Ta in- 
terpellé d'une voix si douce et regardé d'un 
œil si fripon, en lui jetant une adresse équi- 
voque, pour lui remettre, à la fin de sa 
course, d'une main finement gantée le tribut 
de sa peine?... Fait-il en cet instant un 
rapprochement involontaire et compare-t-il 
cette jolie personne si parfumée avec sa pro- 
mise, aux mains rougeaudes, restée au vil- 
lage ? Établit-il un parallèle fâcheux entre le 
teint couperosé de Mélanie, cette payse à la 
taille épaisse, et la peau si veloutée de cette 
svelte Parisienne ? Tandis que ces folles idées 



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274 PARIS QUI ROULE. 

s'entre -croisent dans le cerveau grisé du 
jeune gars, un vétéran du métier s'approche, 
en déplorant le triste sort qui ne lui fait 
pas trouver une fortune, oubliée sur les cous- 
sins de sa voiture par un millionnaire d'oc- 
casion. Mais comme le néophyte n'est pas 
prolixe, il s'adresse à un autre : 

— Es-tu amoureux aussi, toi, fainéant ? 

— Quasiment. 

— A quand la noce ? 

— Pas encore. 

— Le père consent ? 

— Oui, mais c'est la mère qui ne veut pas. 

— Pas de toi? Un gars solide!... Elle fait 
sa fière. Qu'est-elle donc? 

— Cuisinière. 

— Et la fille? 

— [Modiste, du côté de la Porte Saint- 
Martin. 

— Un beau brin? 

— Oh! chouette!... Mais je ne la lâcherai 
point. 



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PA.RIS QUI ROULE. 275 

— J'te crois. 

— N'importe! J'attendrai... 

Et l'entretien s'achève sur ce ton, en s'é- 
tendant sur les détails de la première ren- 
contre à une terrasse d'estaminet. Ils ont 
fait connaissance ensemble, serviette au 
cou, assis contre une petite table extérieure 
sur un tabouret de paille, lui : trempant des 
asperges en branche dans une sauce vinai- 
grette, elle : écrasant des fraises des bois sur 
une assiette saupoudrée de sucre. 

Un maladroit vient interrompre ce court 
dialogue. D'un air maussade, le jeune cocher 
ramène son tablier de cuir et ramasse ses 
guides. Saisissant alors son fouet qu'il ap- 
plique d'un coup vigoureux sur l'échiné de 
soncheval,ilpart.Parfois,ilbranditsonfouet 
comme un dextrochère secouant la foudre. 
Il est de fait que, grimpe' sur ce trône, il 
peut se croire le roi du monde, placé par la 
divine Providence entre le plus noble, d'après 
Buffon,et le plus sot animal, selon Boileau. 



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276 PARIS QUI ROULE. 

Physiologie curieuse à faire que celle du 
cocher, hissé sur ce char symbolique, qui 
suivant la main qui le dirige devient char de 
rÉtat. De sa place, comme d'un pavois élevé, 
Tautomédon domine la foule qui s'agite à ses 
pieds. Première cause de supériorité, car le 
piéton est évidemment de condition infé- 
rieure à lui qui se fait traîner. En quelques 
lentes foulées, son bucéphale a de'passé les 
hommes qui marchaient à longues enjam- 
bées. Nouvel état de supériorité, incontes- 
table cette fois. Il se croit dès lors appelé 
à exercer une mission souveraine sur la 
terre, à remplir sans doute parmi Thumanité 
un rôle de sauveur. Voilà donc sa profession 
transformée en sacerdoce et le voilà, lui- 
même, sacré grand pontife. 

Avez-vous remarqué les à-coups saccadés 
que son poignet noueux imprime aux brides 
du mors, reposant sur les barres sèches de 
son cheval... véritable cheval de bois, mais 



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PARIS QUI ROULE. 277 

pas de Troie, car il n'a rien dans le ventre. 
Est-ce une monomanie, un tic nerveux, une 
habitude inconsciente ? Veut-il exercer une 
répression contre sa bête poussive, châtier 
sa nature récalcitrante ou accélérer son al- 
lure débonnaire? 

Se venge-t-il sur elle, dans un moment de 
colère, de tous les déboires que lui causent 
les soucis du métier, ou lui fait-il payer en 
coups les pourboires qu'il n'a pas reçus? 
Nul ne le sait. L'âme d'un CoUignon est si 
noire ! 

Eh! va donc, charogne.,. Ha? tu buttes, 
vieille carnCy rosse de brancard, pochée d'a- 
voine!... Et, d'un coup de fouet, qui enve- 
loppe de sa lanière ce squelette ambulant, 
il scande plutôt chaque mouvement de rage 
que chaque faute du bidet rétif. 

Parfois le cocher de fiacre est un vision- 
naire, qui n'aperçoit rien de ce qui l'entoure. 
Il poursuit sa route comme son idéal, sans 

16 



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278 PARIS QUI ROULE. 

se soucier du genre humain, monté en 
croupe derrière la fantaisie qui le mène. 

C'est pourquoi il conduit par à peu près, 
allant d'un bord et de Tautre, les rênes flot- 
tantes, occasionnant de brusques arrêts ou 
de pénibles soubresauts, lorsque les roues 
enferrées du char fringallent en patinant 
sur les rails d'acier. 

C'est pourquoi il effraie les promeneurs 
placides en tournant trop court au coin des 
rues ou en rasant trop près la borne du 
trottoir. C'est pourquoi sans sujet, par ca- 
price, il lance à fond de train son animal, 
qui tombe efflanqué, au milieu d'un encom- 
brement, en renversant les femmes, écrasant 
les enfants, tuant les vieillards. Rien ne lui 
coûte d'ailleurs. Il est couvert de ses méfaits 
par une Compagnie d'assurances. 

Le cheval a-t-il seulement glissé des quatre 
fers? Il rejette ses courroies, descend de son 
siège, déboucle quelques sangles, relève 



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PARIS QUI ROULE. 279 

sa haridelle avec Paide des personnes com- 
plaisantes. Il s'en trouve toujours de chari- 
tables! Puis, le dommage constaté ou le 
dégât réparé, il repart d'une façon vertigi- 
neuse, en faisant claquer son fouet d'un air 
vainqueur. Arrivé à destination, il n'aura 
jamais dans sa bourse de cuir assez de gros 
sous pour vous rendre la monnaie; mais il 
aura toujours la langue assez grasse pour 
vous abreuver d'injures, avec une exubé- 
rance de mots ! Où a-t-il acquis cette pro- 
fonde connaissance de Tépithète? Dans quel 
dictionnaire d'argot a-t-il puisé cette variété 
d^expressions? D'où nous arrive-t-il donc ? 
Est-ce au Nord ou au Midi qu'on vous 
répond, lorsqu'on est chargé : 
— Puisque je vous dis que je suis plein ! 

Où se recrute en effet le cocher ? D'où pro- 
viennent ces jeunes godelureaux, coiffés d'un 
chapeau ciré et vêtus d'une blouse bleue ?... 

Poupards frais et roses^ sortis frais mou- 



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28o PARIS QUI ROULE. 

lus de leur campagne, que la Compagnie 
des Petites- Voitures promène dans un cha- 
riot pour leur faire connaître Paris jusque 
dans ses recoins, pour leur apprendre la 
ligne la plus courte qui va d'un point à un 




autre, quand il s'agit d'une simple course. 
Car, outre la ligne droite, elle leur enseigne 
aussi les lignes courbes, brisées ou serpen- 
tines, afin qu'ils ne soient pas embarrassés 
quand ils marcheront à Theure parce que, 
suivant le dicton, tous les chemins mènent 
à Rome. 
Sont-ils Auvergnats, Bourguignons, Sa- 



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PARIS QUI ROULE. 281 

voyards?... Ou bien ce véhicule déambule- 
t-il à travers les rues de la capitale avec les 
épaves réunies de toutes les provinces, un 
ramassis de tous les déclassés fournis par 
les départements ? Financiers véreux, no- 
ceurs incorrigibles, magistrats débauchés 
que la bourse, les femmes et le jeu ont mis 
sur la paille... Jeunes gens ruinés, commer- 
çants échappés du bagne, prêtres défroqués 
de leur soutane râpée qui revêtent la lévite 
crasseuse du cocher! Tous arborent la livrée 
commune qui recouvre les mêmes plaies 
sociales, tous endossent la même redingote 
usée qui cache leur misère pouilleuse. 

La corporation s'est enrichie depuis peu 
du cocher à binocle. Ne désespérons pas de 
voir bientôt apparaître le monocle du mar- 
quis décavé, qui, n'ayant pas pu se conduire 
lui-même, aspirera à conduire les autres, 
sous prétexte qu'il a toujours aimé conduire. 

Après plusieurs courses faites dans le char 

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282 PARIS QUI ROULE. 

à bancs de la Compagnie, le jeune cocher est 
censé connaître tous les détours de Paris. 

Ayant satisfait à un examen préalable sur 
le harnachement du cheval, il lui est dé- 
livré un brevet de bonne conduite. Puis, 
initié aux règlements de la police et à la con- 
travention des gardiens de la paix, il reçoit 
le fouet — insigne du commandement — 
qu'il tient d'abord comme un cierge, mais 
qu*il portera ensuite comme un sceptre. 

Ce jour-là, le jeune cocher, candide ou 
vicieux, probe ou malhonnête, se trouve 
placé au niveau des vétérans du métier qui 
ont blanchi sous le harnois. Car, après s'être 
égosillé pendant une journée à crier aux 
passants : Gare, hop.., il a éprouvé le be- 
soin de se rafraîchir le gosier chez un mar- 
chand de vin, où il a savouré les théories 
ineptes de plus d'un géronte expert dans 
Tart de brider à gauche. 

Son sort en est décidé, car la corruption a 



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PARIS QUI ROULE. 283 

commencé son œuvre. Physionomiste, il 
saura choisir le type quMl lui faut, refuser 
la figure qui lui déplaît, accepter le person- 
nage qui lui convient. 

Plein de ruse, il cherchera à vous mener 
par des chemins détournés ou encombrés, 
afin de doubler pour lui le prix du temps, 
qui est Targent du client. Dédaigneux sou- 
vent, il saura éviter de vous répondre, ou il 
le fera en vous donnant une faible excuse, 
d'une façon presque timide, en murmurante 
votre oreille: 

— Si cela vous était égal d'en prendre un 
autre?... Mon cheval est si fatigué!... 

Narquois, il haussera les épaules ; insolent, 
il vous parlera d'un ton arrogant : 

— Cocher, à TOdéon... 

— Ré-pè-te-le donc?... 

Et il s'esquive rapidement, en cinglant sa 
malheureuse bête. 

Vous jaugeant du regard, il se montrera 
tour à tour empressé, méprisant, rébarbatif. 



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284 PARTS QUI ROULE. 

Paraissez-vous avec une lorgnette en ban- 
doulière, dont le cuir jaunâtre révèle à tout 
œil exercé des goûts sportifs?... Vite il ira à 
votre rencontre, en vous disant d'une voix 
mielleuse : 

— Patron, j*ai un excellent tuj-au pour 
Sucre-d'Orge ; si vous voulez me faire en- 
trer sur le turf avec ma voiture, je vous 
mènerai pour rien et nous partagerons les 
bénéfices... 

Il n'y a pas d'exemple dans les annales 
hippiques qu'un gentleman ait repoussé un 
semblable talisman ! 

Mais tous les jours ne sont pas fêtes pour 
un cocher. Quelquefois, celui-ci erre comme 
une âme en peine, mécontent et grincheux, 
déversant sa bile. Il fait halte auprès d'un ' 
ses collègues, maugréant et pestant contre 
Tespèce humaine. Un Chinois passe. 

— Oh ! là, là, c'te queue, fait-il comme 
un gavroche, on dirait la natte de Virginie. 

Le Chinois lettré — ils sont tous lettrés — 



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PARIS QUI ROULE. 285 

lui répond alors d'un air goguenard, sur le 
même ton faubourien : 

— Ah! mince alors. Tais ton bec, Colli- 
gnon! 

La race du cocher de fiacre, qui voit son 
bourgeois battu par un homme brutal et qui 
descend de son siège pour prendre sa dé- 
fense, a complètement disparu... Par contre, 
le cocher de bonne maison, qui, lorsque ses 
maîtres sont au bal ou au théâtre, profite 
de leur absence pour voiturer les gens, 
fleurit plus que jamais sur les bords de la 
Seine. 

Là maraude se pratique sur une vaste 
échelle de toutes parts. 

Tandis que le cocher amoureux — à la 
belle livrée neuve, avec un gilet rayé rouge 
et noir, une redingote aux boutons d'or — 
promène en voiture découverte sa fiancée, 
gente gantière, qui va faire ses achats pour 
la communauté... le fiacre fermé, aux stores 



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286 PARIS QUI ROULE. 

baissés, comme la Pudeur qui se voile, 
s'achemine vers les bois mystérieux. 

— En route pour Cythère, tirailleurs em- 
busqués ! 

Mais défiez-vous de Jean, le cocher du 
Fiacre 117, qui a une voiture machinée, 
avec une batterie sous le siège et un timbre 
avertisseur dans le dos. En baissant les 
stores, crissy criss, la sonnerie marchera et 
le fiacre s'arrêtera sous l'œil d'un agent. 

— Est-ce qu'il a empaillé son cheval, cet 
oiseau-là!... dirait Valentin du Petit Faust 
en se penchant par la portière?... Est-ce 
que ses roues sont gelées?.. Le gardien 
n'aurait point la main engourdie pour vous 
dresser un procès- verbal. 

Heureusement qu'il n'en est pas toujours 
ainsi dans notre Paris mondain et demi- 
mondain! Pour n'en point rouler aussi vite, 
dans le monde trois-quarts, qui comprend 
d'autres subdivisions, les voitures n'en rou- 
lent pas moins beaucoup. Un employé de 



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PARIS QUI ROULE. 287 

la Préfecture, préposé à la garde des objets 
trouvés, affirmait dernièrement que les jar- 
retières perdues lui étaient toujours remises 
par des cochers. 

En attendant que cette vérification soit 




faite, le flot humain continue de rouler sur 
les boulevards. Les voitures enguirlandées 
paraissent à la Fête des Fleurs pompeuse- 
ment ornées, chacun roulant plus ou moins 



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288 PARIS QUI ROULE. 

sa bosse ici-bas, sur une ou plusieurs rosses, 
avec ou sans carrosse : 

Car rosse convient à carrosse, 

Et carabosse rime hëlas ! avec bosse. 

Mais, quand vers le soir du 14 juillet, les 
lourdes batteries d'artillerie reviennent de 



'iHiiii 



la grande revue passée à Longchamps, le so- 
leil décline, et plonge Paris dans les ténè- 
bres. Tout flamboie subitement au milieu 
de rimmensité insondable. Les étoiles d'or 
scintillent au bleu firmament, avec le vif 
éclat des jets de lumière électrique, et nos 
becs de gaz, pâles étoiles allumées sur terre, 



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PARIS QUI ROULE. 289 

piquent d'un point brillant la nuit sombre. 
Les lanternes des voitures filent, comme des 
teux follets, les unes derrière les autres, tra- 
versant par endroits de grandes traînées lu- 
mineuses et disparaissant dans Tobscurité 
au milieu d'un ronflement continu. 

Les pontes s'attablent autour du tapis 
vert, où roule l'or en cascades blondissantes; 
d'autres s'installent devant une roulette de 
famille qui leur rappelle les e'motions de 
la côte d'azur. Des fumeurs endurcis rou- 
lent leur centième cigarette, qu'ils grillent 
sur un divan avachi ou au fond d'un fau- 
teuil moelleux, en attendant le moment de 
regagner leur gîte. Tous, à la sortie de ces 
tripots, comme au seuil des hôtels, s'enfour- 
nent dans une voiture de cercle, trébuchante 
et cahotante, ou dans un sapin à galerie qui 
geint sur ses ais disjoints. 

L'aube point à la ligne de Thorizon et 
blanchit déjà les toits. 

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290 PARIS QUI ROULE. 

Les charrettes des maraîchers descendent 
des hauteurs à pas pesants, sinuant le long 
des avenues désertes. Les tombereaux répur- 
gateurs de la ville sont tirés par des bêtes 
ctiques, souvent attelées en tandem. Leur 




petite sonnette annonce, avec un gai tin- 
tinnabulum, leur cueillette d'ordures à do- 
micile. Des hommes en loques, les uns enle- 
vant la boîte Poubelle et les autres la vidant, 
mènent ce char, sur lequel s'élève une mon- 
tagne de délivres, tandis que de vieilles sa- 
vates éculées se balancent sur ses flancs, que 
de vieux débris he'téroclites se suspendent à 



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PARIS QUI ROULE. 291 

Tun des côtés et qu'une botte de roses fane'es 
s'épanouit sur le dôme. Les omnibus de 
chemin de fer se traînent, surmontés d'une 
haute pile de bagages qui ondule; les car- 
rioles de laitières, jadis traînées par des 
chiens, oscillent avec tout leur attirail de 
ferblanterie qui se heurte ensemble, comme 
le choc bruyant de quelque vieille armure. 
Quel soldat, en effet, en allant le matin à la 
manœuvre, n'a point entendu sonner cette 
diane particulière, produisant ce frais cli- 
quetis d'armes, qui se froissent pendant un 
assaut?... 

Pendant que la moitié de la ville repose, 
l'autre moitié veille et les journaUstes ne 
sont point les derniers à accomplir ce travail 
nocturne. Dure besogne qui a nécessité par- 
fois de fatigantes courses et d'âpres re- 
cherches durant tout le jour. Mais enfin leur 
article est fait, livré aux protes qui le com- 
posent... Les volants des machines tour- 
nent avec rapidité, mettant en mouvement 



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292 PARIS QUI ROULE. 

les bobines sur lesquelles s'enroule le papier 
tandis que les rouleaux d'encre viennent y 
déposer un baiser humide... Ça roule main- 
tenant ! Ça roule, selon l'expression reçue, 
sur les machines rotatives Marinoni. Et des 
milliards d'exemplaires, imprimés en une 
nuit, s'enlèvent comme par enchantement 
pour être distribués dans Paris, Jetés aux 
quatre coins de la France, répartis dans 
toute TEurope, éparpillés sur le globe 
entier. 

Et ces feuilles innombrables, écloses à 
trois cents mètres au-dessous de la lampe 
électrique qui ra3^ofvne au sommet de la tour 
Eiffel, vont éclairer le monde sur l'état poli- 
tique et social de notre civilisation. Civili- 
sation assez semblable à cette Babel mo- 
derne qui projette ses lueurs irisées dans 
la profondeur du ciel, en répandant sur le 
vaste univers les merveilles de son génie et 
les progrès de son industrie. 



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A DEUX SIÈCLES D'INTERVALLE 



Principaux 
VERS 1692*. 

GeRVAIS et ViGNARD, FUC 

Saint-Martin. 

Bailleul et DES Mou- 
lins, rue des Vieux- 
Augustins. 

Stoquet, dans l'enclos 
de la Foire Saint-Ger- 
main. 

MoREAu, rue Mazarini. 

Le Roux, rue des Petits- 
Champs. 

Treverger, * rue de 
Bussy. 

L'Amiral, au Petit- 
Marché. 

M ARCEAu,rue des Quatre- 
Vents. 

La Ville, rue de Tour- 
non. 

PoivRET, rue de Ta- 
ranne. 

La Place, rue de l'Égout. 



carrossiers : 

EN 1889. 

Muhlbacher, avenue 
des Champs-Elysées. 

MiLLION-GuiET et C»®, 

avenue Montaigne. 
Rothschild, avenue Ma- 

lakoff. 
Binder, boulev. Hauss- 

mann. 
Grummer et C'®, rue 

Cambacérès. 
Belvalette, avenue des 

Champs-Elysées. 
Geibel, rue de Milan. 
Kellner, avenue Mala- 

koff. 
Jeantaud, anc. maison 

EHRLER,rue Ponihieu. 
Labourdette, avenue • 

Malakoff. 



I. Histoire des Chars, par Ramée. 



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294 



PARTS QUI ftOULE. 



VERS 



169.2. 



EN 1889. 



Des grands carrosses de 
louage pour les prin- 
ceSy les ambassadeurs, 
se trouvaient che^ : 

Dalençon , rue Maza- 
rini. 

Dauphiné et Dupuis, 
rue du Four Saint- 
Germain. 

Clou ET, rue des Vieux- 
Augustins. 

David et L'Escuyer, rue 
de Seine. 

GuÉRiN, rue des Bou- 
chers Saint-Germain. 

V*" Le Roux, derrière 
l'hôtel de Salé. 

V^** RoBiLLON, Faubourg 
Saint-Michel. 



Grands Loueurs. 



C'« DES Petites- Voitu- 
res, direct. Bixio,place 
du Théâtre-Français. 

Urbaine, direct, de La- 
MONTA, 59, rue Tait- 
bout. 

DuFAYEL, boulev. Bar- 
bés. 

Abadie, 22, rue Bayard. 

GuioT, rue Ville-l'Évê- 
quc. 

Honoré, rue Jean-Gou- 
jon. 

Briou, rue Basse -du- 
Rempart. 



Digitized by VjOOQlC 



Les idées roulent dans le monde vers 
quelque but inconnu, et, du haut en bas de 
réchcUe sociale, les hommes roulent à la 
recherche de créations nouvelles. Mais, sur 
cette terre, rien ne roule qui ne soit recueilli 
ou condensé par le journalisme, ce grand 
accumulateur et grand divulgateur de la 
pensée humaine. Aussi voulons-nous léguer 
à la postérité, afin que nos petits-fils puis- 
sent les consulter dans cent ans, les : 

PRINCIPAUX JOURNAUX 

DE 

PARIS 

PUBLIÉS PAR ORDRE DE DATE 

DEPUIS 

le 5 Jusqu'au 25 mai 

1889 



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PARIS QUI ROULE. 




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3o6 PARIS QV\ ROULE. 



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PARIS QUI ROULE. 



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PARIS QUI ROULE. 



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LA FRANCE 



PROGËS QUBSMY DB BEAUBEPAIRfi.- JUGEMENT 









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PARIS QUI ROULE. 






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PARIS QUI ROULE. 



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PARIS QUI ROULE. 




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PARIS Qri ROULE. 

L'ILLUSTRATION 



SAMEDI 14 MAI i889 




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PARIS QUI ROULE. 



307 



LE MONDE ILLUSTRÉ 

«OUIINAI. HEBDOVXDAlilB 




l* THCATIie ILUISTtt. - tSCLAKHOyOt: - Ofta* m M. Jmlu M.Mm' 
Ma pwu- - («>«••» -»• ••■ AM.M IL-».) 



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3o8 



PARIS QUI ROULE. 



GIL BLAS 









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PARIS QUI ROULE. 



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PARIS QUI ROULE. 



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PARIS QUI ROULE. 



3i5 



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Fondée en lôjr 



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Nouvelles du Jour 



rzriz-rrrrii DeraiÈres HuBvellES 



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CES FUMISTES 



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3i6 



PARIS QUI ROULE. 



Si^-^s-^î-S 



LE Xir SIËCLE 



JOURNAL REPUBLICAIN 



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IC MOLIEICIT 












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CHRONIQUE 


















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L'AUTORITfi 



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LE S£C«ET^ES LEnitS 






D£m£KSJIOa¥Ell£t 









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3i8 



PARIS QUI ROULE. 



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PARIS QUI ROULE. 



3i9 



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Méditez 



FAIT DU JOUH 















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. Échos 












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320 



PARIS QUI ROULE. 



LA PRESSE 



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PARIS QUI ROULE. 



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LA. BATAILLE 



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LETTRES 









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322 



PARIS QUI ROULE. 



Le Petit Journal 






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LA MABSOLLAISE 









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PARIS QUI ROULE. 



323 



La Lanterne 



"•^^ J JOURIIL MUTIgUE QMTIOIEI ^^^^^^,^1 
; ii: I Le NÛm«ro : S cenUm— ZT.r': îiZ\ 




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3,4 



PARIS QUI ROULE. 



Lé "Petit Parisien 



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PARIS QUI ROULE. 




LE FIGARO 



15 Centlme» 



HTm WJHAIB QffBltB l&R U TOm SFFK' 



LA JOURNÉE D'HIER 



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Mjliliipi» &it«tiM, M l'aa i« 

4i H rklM fft H riBH«*'M>M ta Pc- 
hii (MT <-B tH n) M tel AnmUwwl. 
■ i| I iriwgofàlHm. 

La PiTiUm <i ta MjiaMtvn Mm- 
■aa, (TM « «Hia imhIi litoMtal 
<W ^ lannaaM.*liï<ÉUIkeBua da 

OHndMIiMTntDa. lOa^laiMc^ 

lMM«mauU*(rwM. LMptulSuâ- 

Sn «al lanlIM k a «teanliaa : » 
M» «, Mbsu- Biurd. OwH. T 
■aftirt-VlaarT. Confu. Bwnu, Mod- 
«Md, DiiH> Julc* Lalebvn, RaU, P4- 

'TtnkilBttoda r»Till«B'«l IL liM. 

la M piMi^i i a wt m»T«.«i^*t *aia ^ 
•HAkira, aMa U. niwljvhMnl 

^fw;dalOI Barnr.HillahMi^aai 



la^JînEat^*" 



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fMb. UaïaUita Miftai 
lyiM Mt yaar laUa lÉrii 

NMft kaMMaJ-aallorac «• aoa «u- 
W»M. JwiM h twn* : la tuMpu 

b faiiidaa lam DaidSrHr la (oUn 

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Uraao-aMftMiaai «al wtaaL A< 
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> Btada Taal mr H. OmA. aala 
kMriaMatTWIarl* PiUaAiv 






ÉCHOS DE LA TOUR 

M «AtlT CM tAS 

Ui TiBlttin mk tmiaan Motmi 
taPavtllDnilii/l^a». 
A cil«r parmi nia iislron fhiK : 
ÉtHilaViiiMarniT-Cuiliit.Pari*. ima 
4* lA Taar, iwatAul w 1)0> réfiaunl 
dlàfaaUn^HiTtain : Ltlt t mi^ 

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ta MoBllaa. rarii : Hari La Narm»iv« 4i 
la f^HaiPani: Wtl* 4* Voe«4: wbu 

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■auwaap «a Hneanta tt«M (Mml 

iLlBaa aaa^ ta M Caa,^ M hÎuj 

D T * dnii jottn, aa* ttmt it «sabv 
4aila tat, Max Liinlirtt. Ht nnut, 



■kd^iHiiar k ise frûdwt, V. I]k<R>a*t 
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rAJaaat i j m ia». aw la Bc« M l *t a plat*- 

U kUa, Usa diatata al anta «• ftasn 

aarlaiiaiaa da rutaaM* ftiul M. Ostt- 

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iMt da puawila. "^ 

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Ttdan^-Ulaf. LaarH, LatruO. Gart, 

Matnat. Tsachal^fraaiid . Sallw- 



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«ntmi da es^îMda la daaHtl.doei 
>ria|iatliiqM ddTBBWI M M anil 
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in.<mv^Ma B^^aoa da lld^e&M- 

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p«Mda>uIia dinma partM da l^Sn- 



l» PtMdMt i* la lUpiiUiqn di 



tlna MMHfea tical t:*^ tatW uprèa 



CiUi «patiUia i^téclala ai 




Us iwideat Ma aaïuaal, hier, tm 

Ua â«!î^l t(HT« l^inaat, a* 
BtBaBdtr ■■ knii UM k oUiëii d« 
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pa»<d-MtBaaarlavMlljtafihM.Ja- 
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tonattjlataalHaliw 

Vailè dta Bartiiifaa aexquallei tAelèBd" 
Pa««id\ia cul-d*-)*Ue. aamm Mr k 



LE TOUR DU MONDE 

A PARIS 



LcbMI ami KWta parUalpw t la Wt. 

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înoBBacnulMCan.»! 
Ua£uJaa«4r, I.Ct I 

19 



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TABLE 



P&gef. 

L'Olympe 2 

Dans l'antiquité 5 

En Grèce 6 

Chez les Romains 8 

Parmi les Gaulois 18 

Les Francs 20 

Les Premiers Rois 22 

Henri III 3i 

Henri IV 33 

Louis XIII 38 

Les premiers fiacres 5o 

Louis XIV 53 

Carrosses à cinq sols 54 

Carrosses de gala 61 

Carrosses modernes 67 

Voiture du sacre de Napoléon I«' 92 

Voiture du sacre de Charles X 98 

Le Coucou lia 



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328 PARIS QUI ROULE. 

Pages. 

Le Mouvement dans Paris i3i 

Le Sergot i33 

Nos Cochers 1 34 

Le Ver rongeur 139 

Le Cheval qu'il ne faut pas choisir 140 

Le Sapin emballé 141 

Marchent comme un seul homme 142 

Au petit jour 143 

Fiat Lux 144 

A rheure sans doute 145 

Ah ! malheur 149 

Le Cocher obséquieux i5o 

Voiture armoriée i52 

Les Conscrits i53 

Voitures de noces i55 

Conducteur, Contrôleur, etc iSy 

L'Impériale à volonté 160 

La Petite Charrette du chemin de fer 162 

La Voiture aux chèvres i65 

La Voiture de la nounou 166 

Les Marchands des quatre-saisons 167 

Le Marchand de tonneaux 169 

Locomobile à vapeur 170 

Le Camelot 171 

Pompa locomobile 172 

Les Voitures de déménagement 173 

Voitures à réclame 174 

Pochées de farine et sacs à charbon 175 



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PARIS QUI ROULE. Sig 

Pagei. 

La Voiture du boucher 176 

La Voiture du blanchisseur 177 

La Voiture du laitier 178 

Petits Gains et gros Efforts 180 

Les Tombereaux de décharge 181 

Le Cabriolet de la poste 182 

La Pompe à incendie i85 

La Brouette municipale 186 

Le Monsieur aux moutons 187 

La Voiture qu'on ne hèle pas 189 

Hydrothérapie municipale 19a 

La Providence des décrotteurs igS 

Vers réternité igS 

L'Invasion des barbares 196 

La Boulangère 199 

Le Bois 2o3 

La Victoria 209 

La Calèche 211 

Le Coupé 212 

Le Phaéton 2i3 

Le Duc 21 5 

La Croix-de-Berny 221 

La Marche 227 

Le Grand Prix 287 

L'Invalide 248 



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33o PARIS QUI ROULE. 

Pagei. 

Les Omnibus 249 

Les Tramways 252 

Les Chemins de fer 254 

Corporation des cochers 263 

Physiologie du cocher 276 

Principaux carrossiers en 1692 et 1889 293 

Principaux journaux de Paris en mai 1889.. 396-325 



Parte. — Typ. O. Chamerot, 11, rue dei Saints-Pères. — S39W. 



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Paris qui roule, i volume in-i8 comprenant 

1 20 gravures et dessins 3 fr. 5o 



OUVRAGES MILITAIRES 

ARMÉE DE CHAL0N8 

Sanglants Combats. 4^ édition, i volume . . 3 fr. 5o 

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